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L'expérience est le nom que chacun donne à ses erreurs

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ERREUR MÉDICALE SUR LA PETITE GLORIA ? : Un drame qui appelle des sanctions et interpelle le ministère de la santé

Nos confrères de la radio immaculée conception en sont scandalisés. Il s’agirait apparemment d’un traitement inadéquat du paludisme qui aurait provoqué une grave lésion sur une petite fille de deux ans par l’administration d’une trop forte dose de quinine dans un hôpital de zone... L’émotion et l’indignation viendraient du fait qu’alertée par le papa et sur la base d’une photo édifiante sur les souffrances endurées par Gloria, la radio se serait donnée la peine de saisir et le ministre de tutelle et d’autres ministres pour trouver une solution rapide à cette tragédie ; une lettre qu’elle aurait envoyée depuis le 24 mars, l’enfant était encore vivante, et qui n'a reçu aucune réponse jusqu’au constat fatal de sa mort. Il y a quelques jours. Choc et interrogations…

   Aucune réponse à Ave Maria pour suggérer des solutions de sauvetage de la petite, lettre ouverte publiée par la presse, aucune réponse pour dire qu’une enquête est faite sur ce qui est présentée comme une erreur médicale grave. Silence total de l’autorité, disent nos confrères. Et c’est révoltant d’entendre de telles histoires dans un pays dont le chef de l’Etat, avec une sincérité touchante, à rappeler hier encore qu’il faudrait lui pardonner d’aller trop vite, au goût de certains de nos compatriotes, parce qu’il faut agir vite contre les désastres de la pauvreté sanitaire, éducative et autres.

   La banalisation de la vie

   La vie est sacrée. On ne peut ni la banaliser, ni en faire un objet de chantage. Pendant les grèves successives qui secouent nos centres hospitaliers qui ont des revendications légitimes et que la population comprend, certains propos de syndicats, dans la fureur de la colère ont été si vindicatifs et si peu respectueux de la vie, qu’on se demandaient s’ils ne devaient jamais être malades eux-mêmes et en mourir ; se trouver dans une situation de cessation de service qui les enverraient ad patres. C’est peut-être cette banalisation de la vie qui fait que certains agents de nos hôpitaux ou centres de santé, comme de nos cabinets privés prennent si peu conscience que la matière qu’ils ont dans leurs mains à traiter est la vie elle-même. C’est peut-être aussi cela qui a affaibli les vocations, le sacerdoce médical, laissant la place à la bureaucratie et au mandarinat au sein des hôpitaux et centres de santé. Notre constat est amer et peut-être excessif. Mais il met l’accent sur les dangés du fonctionnariat médical, l’appauvrissement de la pratique médicale et son manque apparent de mise à jour constante des connaissances techniques, des compétences et des expériences affirmées, de la conscience professionnelle. Frustré, le corps médical dans sa globalité, surtout au niveau des soins, semble parfois donner l’impression d’être fatigué, figé dans la routine, obligeant à des passe-droits et à des faveurs pour espérer se faire soigner avec l’attention requise, bénéficier d’ un diagnostic attentif, à risque limité et se faire prescrire les soins les mieux adaptés. Un corps médical fier de ses conditions de travail, de sa vocation et prêt à mettre ses connaissances, ses recherches, son évolution professionnelle au service d’un soin moderne et méticuleux. Car, devant la superpuissance du corps médical, le malade se sent sans ressource, intimidé, effrayé de ne rien dire de travers qui ne puisse lui coûter cher, alors que l’écouter attentivement, lui donner du temps de dire son petit mot peut souvent guider son médecin. Mais détrompons-nous ! On croit souvent que seule la médecine publique et sociale souffre des maux cités plus haut ! Non. Même les cliniques utilisant les meilleurs praticiens du pays et du matériel de pointe pour des soins de « luxe » ne sont pas eux-aussi épargnés par la démotivation, le recul de la vocation pour la course au profil, de la conscience professionnelle et de l’initiative.

   Qui oserait acter en justice contre une erreur médicale?

   Les juges eux-mêmes sont embarrassés sur ces questions et le corps médical prend mal la chose au point qu’il peut avoir deux attitudes négatives : soit la colère et l’indignation avec un refus de toute probabilité que l’erreur soit humaine et que dans un système démotivant on puisse en commettre. Pourtant, cette reconnaissance permet d’éviter les erreurs tragiques à l’avenir. L’autre attitude consiste à être gagnée par la peur devant le risque juridique qu’il y a de diagnostiquer et de traiter tout simplement un malade. De leur côté, les malades ou parents de malades qui ont des soupçons n’osent guère s’exprimer sur leur doute, par peur de représailles ou sur conseils apaisants des familles qui préfèrent trouver dans tout accident médical, la volonté de Dieu. Ceci pour permettre aux parents de faire le deuil de leur disparu, dans le pardon et l’oubli. Molière qui critiquait souvent l’incurie des médecins de son temps, savait qu’il n’était pas facile de le faire sans risque pour soi-même.

   L’éveil des responsabilités du corps médical : le contrôle

   Devant cette situation, devant ce cas de conscience, il est pourtant utile que le corps médical soit plus éveillé sur ses responsabilités morales et judiciaires et sur la nécessité dès lors, de réformer la pratique médicale, de transformer l’environnement socio-professionnel, technologique, d’être sur le qui-vive permanent de renouvellement des connaissances scientifiques afin d’améliorer la pratique médicale. Sur ce point, L’Etat a un rôle majeur à jouer dans le contrôle et la régulation de la profession au nom de l’intérêt public et du droit humain. Malheureusement, les ministères de la santé publique en Afrique donnent trop souvent l’impression d’être plus envahis et plus préoccupés par les grands programmes financés, à coûts de milliards de dollars et d’euros, sur lesquels les cadres et les meilleurs s’engouffrent pour des conditions de travail et de salaire plus attrayantes, que par l’évolution et l’excellence de la pratique médicale elle-même. On mobilise, on communique à gros frais, on se bagarre même pour les postes de gestion des programmes que de la promotion de l’excellence du plateau technique, des connaissances des ressources humaines et de la pratique médicale quotidienne.

   Pour un observatoire et une agence de contrôle

   Puisque les ministères sont surchargés par la gestion des centaines de projets financés de l’extérieur et plus attrayants, pourquoi, ne pas quitter cette gouvernance bureaucratique, pour créer un organe mixte ou indépendant, une sorte d’agence chargé du contrôle des hôpitaux et centres de santé publics comme privés, de veiller à l’excellence des soins et des traitements, être le lieu de réception et d’études des plaintes des malades, de recherches et de fixation des responsabilités du milieu médical, un observatoire de la pratique médicale et de la qualité des hôpitaux et centres de santé. Une agence qui présenterait annuellement un rapport d’enquête sur l’état des soins dans les formations sanitaires, adressera des conseils mais aussi des remontrances et des sanctions à l’endroit des formations sanitaires, pour les erreurs et les mauvaises pratiques constatées ou dénoncées par le public, dans les milieux hospitaliers publics et cliniques privées. Elle travaillera de concert avec toutes les organisations de régulation de la profession, comme l’ordre des médecins et autres. Ses décisions seraient des indicateurs sur le niveau des compétences, leur adaptation à l’évolution de la médecine moderne, sur la conscience professionnelle, sur l’éthique et la déontologie en milieu hospitalier. On ferait ainsi la promotion d’une médecine plus moderne, innovatrice, à vocation, et dont les soins seraient le meilleurs sur toute l’étendue du territoire national avec-qui le sait, des résonances sur la plan régional et continental. La formation en médecine au Bénin avait cette réputation. Le Bénin a de très bons médecins, mais puisse-t-il retrouver un environnement plus adapté à la promotions des meilleurs, dans des hôpitaux dont les agents auraient plus de vocation, seraient plus respectueux de leurs responsabilités envers la vie et la conscience que leur accueil, leur sérieux, leurs attentions pour les malades sont les meilleures garanties de la guérison. Afin aussi que le secteur public de santé soit la locomotive, évitant que la médecine des cliniques de luxe soit frappées elle- même du syndrome de la rentabilité mercantiliste.

Auteur(s) / source : Léon BRATHIER

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