L'expérience est le nom que chacun donne à ses erreurs
La crise parlementaire entretenue et attisée par les députés de l’opposition non déclarée fait sombrer depuis plusieurs mois le pouvoir législatif ; viciant ainsi le climat politique national. En dépit de la main tendue du Chef de l’Exécutif et de ses velléités réitérées en faveur de l’apaisement et du dialogue inter-institutionnel, l’opposition entend jouer la carte du pourrissement. Un pourrissement qui pourrait se retourner fatalement contre elle en raison de l’usure de la crise et de l’arbitrage du peuple souverain exaspéré par ce jeu de ping-pong au Parlement.
Par : Bernardin MONGADJI
C’est une vérité de Lapalisse que le régime du Président Boni YAYI fait face depuis le début de l’année 2008 à une fronde politique de plus en plus aiguë à l’Assemblée nationale. Malgré les déclarations d’appartenance à la majorité présidentielle agitées par la plupart des forces politiques réunies au sein des « G » , le peuple qui n’est pas dupe comprend aujourd’hui qu’il ne s’agit purement et simplement que d’un groupe mis en place au Parlement contre les actions du pouvoir exécutif. Une espèce d’opposition politique non déclarée officiellement. C’est donc ce regroupement comprenant les députés du PRD, de l’ADD, du G13 et de Force Clé, qui, fort d’une majorité mécanique, prend en otage le peuple en bloquant le vote des accords de financements ainsi que celui d’importantes lois pour la République. L’on se souvient du rejet, il y a quelques jours par ce bloc du collectif budgétaire essentiellement social soumis par le gouvernement à l’Assemblée nationale. Les actions manifestement anti-gouvernementales du bloc « G » ne se comptent plus. A deux reprises, le Président Boni YAYI a été déjà contraint de prendre les ordonnances conformément à l’article 68 de la Constitution du Bénin pour lever les blocages parlementaires et faire exécuter un certain nombre de ses actions en faveur des populations.
La voix du peuple souverain
Avant de prendre la dernière ordonnance, le 04 novembre dernier, le Président de la République a procédé à une large consultation des forces composant la société civile. Mobilisant les principales figures des organisations non gouvernementales, les représentants des confessions religieuses comprenant le clergé, les chefferies traditionnelles et les églises évangéliques, le Chef de l’Etat, Boni YAYI, après avoir expliqué de façon pédagogique le risque que les députés de l’opposition font planer sur la Nation en rejetant le vote du Collectif budgétaire à essence sociale soumis par son Gouvernement à leur appréciation, conclut qu’il lui revient en vertu des pouvoirs que lui confère la Loi Fondamentale de sauver la Nation du péril parlementaire en recourant une fois encore à la prise d’ordonnances. Politiquement, Boni YAYI venait de gagner une bataille contre l’opposition parlementaire. Au sein de la Société civile et de l’opinion nationale, des voix s’élèvent et pas des moindres pour désavouer les députés qui bloquent l’action de l’exécutif. Une campagne hostile s’engage contre des Parlementaires doigtés au peuple comme des apatrides. En cas de récidive, d’autres voix suggèrent qu’il soit coupé purement et simplement aux députés jouant aux fauteurs de trouble leurs émoluments.
L’effet de l’usure
Le temps est un ennemi redoutable dans toutes les actions humaines. Les Forces politiques réunies au sein des « G » seront-elles en train d’apprendre à leurs dépens la leçon de cette maxime ? Accueilli avec plus ou moins d’enthousiasme par une frange de la population à son avènement, le Groupe des « G » aurait pu constituer réellement un instrument politique redoutable contre le pouvoir du Président Boni YAYI. Hélas, la cacophonie des intérêts et surtout l’hypocrisie politique et les calculs égoïstes inavoués de ses leaders pyromanes ont fini d’en faire un machin qui ne retrouve un semblant de cohésion que lorsqu’il s’agit de voter une loi stratégique pour l’Exécutif à l’Assemblée nationale. C’est donc connu de tous que le G4, le G13 et Force Clé ne sont qu’un regroupement hétéroclite avec à la tête trois grands meneurs à savoir Bruno Amoussou, Adrien Houngbédji et Nicéphore Soglo sans oublier un Lazare Sèhouéto considéré comme l’outsider. Chacun de ces leaders tire la ficelle de son côté en gardant secrètes ses ambitions personnelles sur l’horizon 2011. Le cas du Madep reste tout à fait confus dans ce bloc. Deux de ses membres siègent actuellement dans le nouveau Gouvernement du Président Boni YAYI. Mieux, le suppléant du député François ABIOLA actuellement ministre de l’Enseignement Supérieur et de la Recherche Scientifique, en prenant place au Parlement s’est rallié au bloc des députés de la mouvance présidentielle. Au sein du G13, une ou deux défections sont déjà enregistrées. Des signes et des indices qui en disent long sur l’effet du temps sur ce regroupement aux intérêts politiques inavoués.
Des erreurs et des échecs
Le plus gros handicap des « G », c’est qu’en dehors du terrain parlementaire, le bloc reste sans aucun ancrage politique, hormis l’autonomie des partis traditionnels qui le composent. Pendant que parallèlement, le camp présidentiel à travers l’Alliance Forces Cauris pour un Bénin Emergent, devenue désormais une machine politique bien huilée, étend chaque jour ses tentacules dans le Bénin du nord au sud et de l’est à l’ouest, l’usure gagne les Forces réunies au sein des « G ». Et à l’allure où vont les choses, on est fondé de craindre une implosion du bloc avant le prochain remaniement ministériel. Déjà que de folles rumeurs annoncent la défection des députés de la Renaissance du Bénin, voyant un nouveau rapprochement entre le Parti de Nicéphore SOGLO et l’Exécutif. Information à prendre tout de même avec des pincettes. Somme toute, après plus de 6 mois d’une farouche opposition aux actions du Docteur Boni YAYI, il reste difficile de trouver la moindre petite victoire du côté des députés du bloc des « G » et de leurs alliés politiques. Les statistiques des dernières élections municipales, communales et locales donnent largement en tête les Forces Cauris pour un Bénin Emergent (FCBE) en raison du nombre de communes tombées sous la déferlante verte au plan national. Mieux, l’opposition parlementaire est loin de gagner la bataille de la destitution du Président Mathurin NAGO érigée en priorité. Elle court en plus, avec l’usure du temps, le risque de l’impopularité et de l’échec politique. Erreur monumentale et historique de plus, les députés dits de l’opposition ont boycotté le mardi 11 novembre dernier la cérémonie de pose de la première pierre du siège de l’Assemblée Nationale dont le financement estimé à environ 20 milliards de francs Cfa est entièrement pris en charge par le budget national. C’est à croire qu’obnubilés par une opposition aveugle et sans boussole, les députés des « G » pourtant investis du mandat républicain, ne savent même plus faire la part des choses entre l’intérêt national et leur soif égoïste de faire tomber un pouvoir qu’ils ont perdu par les urnes. Une erreur politique de trop ?