L'expérience est le nom que chacun donne à ses erreurs

REPUBLIQUE DU BENIN
PRESIDENCE DE LA REPUBLIQUE
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Journées européenNes du Developpement
séance plénière sur la crise financière
ALLOCUTION de son excellence, docteur Boni YAYI, Président de
la République, chef de l’Etat,
Chef du Gouvernement
Strasbourg, le 16 Novembre 2008
Madame le Ministre fédéral allemand de la Coopération Economique et du Développement, Envoyée Spéciale du secrétaire Général des Nations Unies pour la conférence sur le financement du développement ;
Monsieur le Ministre du Développement du Luxembourg ;
Monsieur le Président de la Banque Africaine de Développement ;
Monsieur le Vice-président de la Banque Mondiale ;
Monsieur le Président de PlaNet Finance ;
Madame la Ministre Aminata TRAORE du Mali ;
Mesdames, Messieurs,
Permettez-moi tout d’abord d’exprimer mes sincères remerciements aux Autorités françaises, ainsi qu’aux responsables de la Commission européenne pour la qualité de l’organisation qui augure du succès de cette troisième édition des journées européennes du développement.
Je voudrais témoigner de façon toute particulière aux autorités françaises et aux responsables de cette belle cité bimillénaire de Strasbourg, siège du Parlement européen, ma gratitude et celle de la délégation qui m’accompagne pour l’excellent accueil et les multiples commodités qui nous sont offertes depuis notre arrivée.
Monsieur le Président,
C’est un honneur et un privilège pour moi de prendre part, pour la deuxième fois, à ce cadre d’échange et de dialogue, aujourd’hui si nécessaire et si utile devant les multiples défis qui nous interpellent, non pas pour nous éterniser dans des complaintes, mais plutôt pour rechercher ensemble des solutions appropriées.
Ces assises interviennent en effet à un moment critique. Notre monde traverse depuis quelques années déjà une conjoncture assez difficile, marquée par une succession de crises énergétique, alimentaire et, aujourd’hui, financière. Face à la crise financière qui secoue les différentes places financières, des plans de relance ont été adoptés et déjà en cours de mise en œuvre. Pourtant, la crise économique est là : un ralentissement de la croissance économique est observé ici et là, et les perspectives pour l’année 2009 ne sont guère optimistes. Aucun pays n’est épargné : les plus riches, comme les plus pauvres.
La situation économique et financière que traverse le monde appelle la mobilisation générale, la conjugaison des efforts de tous les pays, développés et en voie de développement, pour trouver des solutions coordonnées qui redonnent confiance aux divers acteurs économiques.
D’une façon particulière, l’aggravation de la crise financière et son impact sur l’économie réelle ont des conséquences désastreuses sur les pays pauvres. En effet, en raison de leur dépendance financière et commerciale vis-à-vis des pays développés, nos Etats, qui manquaient déjà de ressources pour les besoins de leur développement, subissent les effets de la crise. Il est d’ores et déjà à craindre que la lutte contre la pauvreté et l’atteinte des Objectifs du Millénaire pour le Développement à l’horizon 2015 soient irrémédiablement compromises, en raison d’une part de la baisse des investissements directs étrangers, et d’autre part des risques de réduction de l’aide publique au développement malgré les engagements internationaux qui ont été pris par les pays industrialisés.
Il est donc urgent pour la communauté internationale de procéder à une réforme en profondeur du système financier international actuel, et de mettre en place de nouvelles normes de régulation. La présente crise nous en offre l’opportunité et nous invite à une réforme des Institutions de Bretton Woods, dont le mode de fonctionnement ne correspond plus aux réalités du système économique mondial actuel.
La question de la capacité de la communauté internationale et de ses institutions compétentes à anticiper et à prévenir de telles crises se pose dès lors avec acuité.
Mesdames et Messieurs,
Le moment me semble bien propice de mûrir les réflexions sur la réforme du FMI qui devrait couvrir notamment trois principaux axes, comme l’a relevé le communiqué du Sommet du G20 qui s’est tenu hier 15 novembre 2008 à Washington :
Premièrement, nous devons nous engager pour une réforme des voix des pays membres, en vue d’une meilleure représentation des pays en développement et des pays émergents au sein des Institutions de Bretton Woods. Cette réforme devrait donner à ces deux catégories de pays une voix plus forte au sein du FMI en particulier et une implication plus importante dans le processus de décision de ces institutions.
Mais cette réforme doit être ambitieuse afin de développer une nouvelle dynamique de dialogue politique, en rééquilibrant les droits de vote.
Le deuxième axe concerne la gouvernance et la transparence au sein de l’Institution.
Le FMI est garant de la surveillance et de la stabilité des changes. Cependant, il semble fonctionner de façon asymétrique, au détriment des économies défavorisées. En effet, il réussit à faire respecter ses conditionnalités aux pays en développement qui recourent à ses ressources pour faire face à leurs déséquilibres économiques.
A contrario, il réussit moins à surveiller et à faire respecter les règles prudentielles par les marchés financiers des pays développés.
Il est vrai que les marchés financiers sont régulés par des organismes spécifiques et par les différentes banques centrales. Mais, la démultiplication des instruments financiers de plus en plus complexes et leur sophistication ont montré les limites du tout «laisser-faire».
Au titre du troisième axe, à savoir le champ d’action du FMI, je voudrais dire que le Fonds monétaire international doit faciliter la régulation du système financier international et permettre d’éviter une répétition des crises financières. La mise en place d'un système d'alerte efficace des chocs financiers est requise pour une supervision effective des sociétés financières de grande taille pour limiter les risques systémiques.
L'introduction d'une réglementation internationale du système financier appelle le FMI à jouer un plus grand rôle dans le renforcement de la surveillance, de la prévention et de la résolution des crises.
Le FMI, en relation avec le Forum de stabilité financière, doit donc prendre une part importante dans la définition et le contrôle du respect des règles prudentielles à appliquer aux marchés financiers, sans restreindre la libre circulation des capitaux et la libre initiative des différents acteurs, qui sont les fondements de l’accroissement de la richesse dans la plupart des pays.
Mesdames et Messieurs,
Les principales attributions du FMI, consacrées par ses statuts, demeurent toujours actuelles.
Le FMI est certes engagé depuis plusieurs années, dans un processus de réforme, principalement motivé par le souci d’adapter son mode de fonctionnement à l’évolution de l’économie mondiale, influencée à la fois par les pays développés, les pays émergents et les pays pauvres.
L’opacité des transactions financières aggravant la vulnérabilité des marchés financiers internationaux, le renforcement de la régulation est d’une impérieuse nécessité face aux besoins d’une économie réelle dont les performances déterminent, dans les pays africains, le succès de la lutte radicale contre la pauvreté.
Le FMI, me semble t-il, est appelé à jouer un rôle actif dans cette nouvelle approche à travers la définition et l’adoption de règles visant non seulement la transparence dans les transactions financières, mais aussi l’évaluation des actifs, le contrôle des rémunérations, l’évaluation des risques, notamment pour les fonds d’investissement, et la supervision des activités des agences de notation.
Mesdames et Messieurs,
La crise actuelle fait apparaître le rôle important que doivent jouer les autorités de régulation bancaire et financière ainsi que la nécessité d’une coordination de leurs activités. Aussi s’avère t-il nécessaire de renforcer ses structures.
A la faveur de la mondialisation, il est impérieux d’améliorer l’accès aux capitaux pour les pays en développement. Pour ce faire, il convient de promouvoir le développement des marchés financiers africains et mobiliser davantage de capitaux étrangers en appui aux efforts déployés par ces pays en vue de l’amélioration du climat des investissements. La crise actuelle illustre à merveille le lien indissoluble qui existe entre l’économie réelle, la gouvernance financière et la gouvernance commerciale mondiale. Il convient donc d’accorder aux négociations du cycle de Doha dans le cadre de l’Organisation Mondiale du Commerce, toute l’importance qu’elles méritent pour l’équilibre et la stabilité du système financier international, car la prospérité partagée de la planète dépend de l’ouverture de nos économies et non du protectionnisme.
Aussi devons-nous aujourd’hui mettre un terme au capitalisme spéculatif et nous engager résolument à promouvoir les investissements dans les pays ou régions qui en ont le plus besoin aujourd’hui. Les pays en développement en général et particulièrement ceux du continent africain ont besoin d’un accès aux ressources non concessionnelles dans le cadre du financement de leur développement. Il convient à cette fin, de renforcer le rôle des institutions dont la mission est de garantir la sécurité des investissements.
La crise actuelle, à travers les mesures préconisées par le Sommet du G20, pour en réduire l’impact, fait apparaître un effort de solidarité internationale qui révèle bien l’existence de ressources disponibles pour le financement du développement à travers un renforcement substantiel des ressources du FAD et de l’IDA. Cet élan de solidarité mérite d’être soutenu par une volonté politique des Etats qui pourrait conduire à plus de générosité dans l’effort en vue d’un partage de la prospérité.
Pour ce faire, les pays en développement, notamment Africains, doivent être impliqués dans la définition des axes d’amélioration du système financier et monétaire international.
C’est pourquoi, je tiens à remercier la Commission Européenne pour avoir associé les dirigeants africains aux travaux de la troisième édition des Journées Européennes du Développement, dont les débats sont dominés par les implications de la crise financière internationale.
Je vous remercie.