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ECONOMIE : "L’Afrique pourrait devenir l’un des moteurs de la reprise mondiale" Point de vue de Jean-Marc Gravellini, directeur du département Afrique subsaharienne à l’Agence française de



Jean-Marc Gravellini : " l’Afrique représente pourtant un potentiel énorme pour les investisseurs en quête de projets nouveaux et rentables. " L’Afrique aura fait, ces derniers mois, l’objet d’une attention particulière.

Les yeux rivés sur les indicateurs économiques, on aura longtemps espéré que le continent échappe à la crise financière. Force est de constater que loin d’en être responsable, l’Afrique en subit, elle aussi, les conséquences. Chute de la demande mondiale et du cours des matières premières, diminution des volumes de transferts d’argent opérés par les migrants, ralentissement des investissements… Tels sont les effets de " second tour " qui affectent aujourd’hui l’économie réelle africaine.

Bon nombre de projets d’investissements sont suspendus maintenant que les banques, détenues en grande partie par des capitaux étrangers et en difficulté sur leurs propres marchés, ont rapatrié une partie de leurs capitaux.

L’Agence française de développement connaîtra certainement cette année une croissance exceptionnelle de ses engagements en Afrique subsaharienne. Et pourtant l’Afrique, tirée jusqu’à la crise par quelques locomotives (Afrique du Sud, Nigeria, Kenya…) ne peut attendre ! Engagé dans un vent de modernisation, le continent n’a jamais été aussi demandeur de financements. De grands projets publics d’infrastructures - énergie, télécommunications, aéroports, ports - sont en cours ou en attente de financements. Les entreprises, dont certaines ont su tirer parti de secteurs en forte croissance, sont en quête de crédits.

Schémas financiers adaptés

Les institutions financières de développement, historiquement présentes dans la zone, réagissent à la crise en répondant au besoin de financements. Comme en 2008, l’Agence française de développement connaîtra certainement cette année une croissance exceptionnelle de ses engagements en Afrique subsaharienne. Ceux-ci pourraient atteindre 2 milliards d’euros, soit 40% de l’activité totale de l’Agence. Pour répondre aux besoins des Africains et proposer des schémas financiers adaptés à chaque situation, l’AFD a fait évoluer son offre de financements.

Elle a par exemple développé les prêts très confessionnels et contra-cycliques (dont le remboursement est adapté en fonction des recettes d’exportations) pour pouvoir prêter aux pays les moins avancés qui ont retrouvé une capacité réelle d’endettement. Cette tendance s’amplifiera en 2009…

Croissance positive

Délaissée par les flux de capitaux internationaux, l’Afrique représente pourtant un potentiel énorme pour les investisseurs en quête de projets nouveaux et rentables. Si les prévisions de croissance sont nettement plus faibles que la croissance enregistrée ces dernières années (environ 1,5% en 2009, contre 6% en moyenne annuelle ces dernières années), l’Afrique reste un des rares endroits au monde à connaître encore une croissance positive.

Qu’adviendrait-il si les investissements se détournaient durablement des régions où les besoins d’infrastructures demeurent considérables et où les ressources naturelles offrent encore des potentiels d’exploitation gigantesques ? Au regard du potentiel hydro-agricole, très peu mis en valeur, le continent peut devenir au cours du 21e siècle une zone importante de production agricole et alimentaire dans le monde. De même, l’hydro-électricité, la géothermie ou le solaire constituent pour le continent les sources d’énergie propre et renouvelable de demain.

Les mesures extraordinaires prises par les gouvernements des pays du Nord ont permis d’éviter un effondrement complet du système financier international. Pourtant, la récession persiste dans les secteurs réels. L’Afrique pourrait devenir l’un des moteurs de la reprise mondiale, si les banques et les sociétés privées décidaient d’y investir.

L’accès aux financements est un élément crucial pour le développement de l’Afrique et la lutte contre la pauvreté, mais aussi pour la sortie de crise à l’échelle mondiale. Cela revient à poser l’éternelle question de la bonne gouvernance politique et économique et donc de l’exécution des réformes.

(Source : des spécialistes de l’économie)

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