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L'expérience est le nom que chacun donne à ses erreurs

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Lettre ouverte au Président de la République : Les syndicats du Ministère de la Fonction publique implorent Boni Yayi


Les trois syndicats qui défendent la cause des travailleurs du Ministère du travail et de la fonction publique ont fini par adresser une lettre ouverte au Président de la République, Boni Yayi. Après plus de 6 mois de grèves perlées, les travailleurs de ce ministère n’ont pas eu gain de cause. En dernier recours, ils demandent l’intervention du Chef de l’Etat.

(Lire la déclaration des syndicats)

Lettre ouverte des syndicats du ministère du travail et de la fonction publique au Président de la République

Excellence Monsieur le Président de la République,

Depuis le 21 avril 2009, les travailleurs du Ministère du Travail et de la Fonction Publique ont déclenché un mouvement de grève de soixante douze (72) heures par semaine à la suite de l’échec des négociations avec les responsables du Ministère sur les points soulevés dans la plate forme revendicative soumise à l’autorité en janvier 2009 et dont la substance se présente ainsi qu’il suit :

1- la délocalisation pure et simple du Ministère du Travail et de la Fonction Publique (MTFP) conformément à la disposition n° 4 du relevé du Conseil des Ministres n° 13/PR/SGG/REL du 09 avril 2008 en vue du relogement rapide des services du MTFP ;

2- la démission de la Directrice de la Programmation et de la Prospective de son poste pour incompétence notoire et manquement grave à l’égard des travailleurs du MTFP ;

3- une mise en garde formelle au Directeur des Ressources Financières et du Matériel pour légèreté et négligence dans l’exercice de ses fonctions ;

4- le paiement immédiat et sans condition de la prime exceptionnelle de motivation accordée aux travailleurs du MTFP par l’arrêté n° 361/MTFP/MEF/DC/SGM/DGB/DEB du 19 mai 2008 ;

5- l’organisation au MTFP des élections professionnelles conformément au décret n° 2006/132 du 29 mars 2006 portant définition des différentes formes d’organisation syndicale et critères de représentativité en République du Bénin ;

6- la formation des élèves fonctionnaires et autres agents qui sont à l’échelle 3 conformément à l’article n° 66 de la loi 86-013 du 26 février 1986 portant Statut Général des Agents Permanents de l’Etat ;

7- l’application de l’arrêté n° 330/MTFP/DC/SGM/DRH/SA du 10 juillet 2008 portant création, attributions, organisation et fonctionnement de la Caisse de Solidarité du personnel des structures centrales, techniques et départementales du Ministère du Travail et de la Fonction Publique.

A ce jour, aucune avancée significative n’a été enregistrée à l’issue des incessantes mais non décisives séances tenues avec le Ministre et son cabinet. Même les actions brûlantes engagées par nos organisations à travers sit-in, marches, dénonciations et autres, n’ont nullement réussi à convaincre les autorités de la nécessité de trouver des solutions adéquates, du moins sur les points saillants de cette plateforme revendicative sur lesquels les travailleurs sont déterminés à « toucher du concret » avant toute levée du mouvement. En effet sur le point préoccupant de la délocalisation, objet du relevé du Conseil des ministres cité supra, aucune action visible ne profile à l’horizon, seize (16) mois après les recommandations du Conseil des Ministres du 09 avril 2008 à l’effet d’affecter les anciens bâtiments du Ministère des Affaires Etrangères au MTFP pour un relogement rapide de son personnel.

En dépit des rapports de la Direction Nationale de la Protection Sanitaire et du Ministre de l’Environnement et de la Protection de la Nature sur la SCS qui indiquent d’une part que : « l’usine de la Société des Ciments du Bénin pose un problème de pollution atmosphérique avec comme impact des maladies respiratoires de types obstructifs .... » et d’autre part « la Société des Ciments du Bénin est une unité industrielle qui de par ses activités pollue énormément en émettant dans sa zone d’implantation et dans les milieux environnants des poussières de ciment... dont l’exposition présente des risques pour la santé humaine. On peut citer entre autres risques, les lésions graves et parfois irréversibles de la peau et des yeux, les brûlures chimiques la cécité la lésion des voies respiratoires et digestives, les dermatites, l’irritation du nez, de la gorge, des poumons et de la silicose qui est une maladie pulmonaire gravement invalidante et mortelle ... » ayant permis à la Cour Constitutionnelle dans sa décision n° DCC 09-046 du 24 mars 2009 de déclarer contraire à la Constitution l’implantation et l’exploitation de la Société des Ciments du Bénin dans la zone commerciale de Ganhi conformément aux dispositions des articles 27, 28, 29, 74 et 98 de la Constitution qui garantissent à tous les citoyens le droit à un environnement sain, satisfaisant et durable.

Mais pour l’heure, les responsables du Ministère du Travail préfèrent nous soumettre à une cure d’intoxication à la poussière du ciment. En ce qui concerne la formation des élèves fonctionnaires et autres agents de l’échelle 3 de leur catégorie, le discours des autorités est resté malheureusement le même ; lequel discours tend à réduire la résolution du problème à la prise d’un hypothétique arrêté conjoint qui n’a jamais vu le jour quoique les responsables syndicaux aient offert depuis 2008 leurs services pour aider l’administration à sortir très rapidement cet arrêté.

Quant au paiement de la prime exceptionnelle de motivation, les travailleurs ont constaté avec amertume que rien n’est fait à ce niveau dans la mesure où le Ministre estime tout simplement que ce dossier relève désormais d’un débat national à l’étude au niveau du Gouvernement dans le cadre des travaux de la Commission sur l’harmonisation des primes des Agents Permanents de l’Etat (APE). Or, les agents de la plupart des départements ministériels concernés par ladite prime, continuent d’en bénéficier, du moins jusqu’au deuxième trimestre de l’année en cours.

Comme vous vous en doutez Monsieur le Président de la République, les frénétiques efforts dont se vantent si bien les autorités de notre ministère n’ont produit jusque là aucun effet réel dans le sens du dénouement de la crise malgré notre volonté affichée à collaborer dans un dialogue franc et sincère au règlement des problèmes. Bien au contraire, celle-ci préfèrent jouer au dilatoire pensant avoir le mouvement à l’usure, ne mesurant même pas à sa juste valeur, la détermination des travailleurs à obtenir la pleine satisfaction de leurs légitimes revendications. Pire, certains collaborateurs du Ministre, au lieu de s’investir à la recherche des voies et moyens pour une rapide sortie de crise, s’adonnent à des actes d’intimidations, de persécution morale et autres actions attentatoires à la liberté syndicale et la protection du droit syndical régulièrement ratifiées par notre pays. Plus grave encore, Excellence Monsieur le président de la République, est le curieux et coupable silence de l’ensemble de votre Gouvernement qui ne peut, de point de vue, s’autoriser aucune excuse sur une prétendue méconnaissance de la situation qui tend actuellement au pourrissement au regard des multiples actions de communication que nous avions menées pour tenir l’opinion publique informée de la gravité des problèmes qui perdurent depuis bientôt quatre mois.

Aujourd’hui, nous rentrons progressivement dans une nouvelle phase de radicalisation du mouvement étant donné que l’unanimité se fait de plus en plus sur l’état de marginalisation des travailleurs du MTFP et surtout de la méprise dont ils sont l’objet de la part du pouvoir du changement qui a pourtant placé la concertation au cœur de son action gouvernementale. Cependant, soucieux des effets pervers de ces débrayages sur la performance tant recherchée par notre administration, et craignant de buter contre les procédures opaques d’une demande d’audience auprès de la haute autorité, nous saisissons la présente occasion pour vous informer des risques auxquels nous expose la phase de durcissement que nous abordons désormais.

Dans tous les cas, si l’autorité persiste dans cette logique de bras de fer, l’issue sera forcément très lourde de conséquences pour l’administration surtout en cette veille de la rentrée scolaire et de l’expiration prochaine du moratoire donné à votre Gouvernement par les agents de la santé quant au traitement des dossiers de reversement actuellement en souffrance au MTFP.

En tout état de cause, seul votre Gouvernement sera tenu responsable des déconvenues qui découleraient du refus délibéré de vos collaborateurs de trouver une solution satisfaisante aux légitimes préoccupations des travailleurs de notre ministère.

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