L'expérience est le nom que chacun donne à ses erreurs
La putréfaction de la situation politique nationale inquiète l’épiscopat béninois. Il a rencontré, hier, à l’Archevêché de Cotonou les partis de l’opposition non déclarée et ceux de la mouvance présidentielle. A huis clos, ils ont échangé sur l’actualité, en l’occurrence la guerre larvée entre ces deux factions politiques. De sources concordantes, des suggestions ont été faites et des conseils ont été prodigués aux uns et aux autres pour l’apaisement du climat politique actuel visiblement tendu autour du dossier Cen Sad.
Par : Serge-David ZOUEME
La démarche patriotique des évêques est l’inédite. A la suite de feu Monseigneur Isidore de Souza en février 1990 lors de la Conférence nationale des forces vices de la nation, le corps épiscopal a décidé de jouer à nouveau un rôle historique en s’autosaisissant de la crise politique actuelle visiblement délétère. A cet effet, il a rencontré séparément, hier, à l’Archevêché de Cotonou les leaders et responsables à divers niveaux des partis de l’opposition et ceux de la mouvance présidentielle. Au centre de ces entrevues qui sortent de l’ordinaire, le pourrissement de la politique nationale avec le bras de fer constant entre la majorité présidentielle plurielle et la faction des G et F. Comme on pourrait si attendre et dans leur rôle de garant de la paix, d’amour, de justice et d’équité, les évêques ont tenu à s’impliquer pour la décrispation de la situation qui, de plus en plus inquiète plus d’un. Allusion faite aux multiples interpellations du Chef de l’Etat à l’Assemblée nationale, les coups de poing au Parlement entre députés de la mouvance et de l’opposition, les différents propos d’autorités politiques qualifiés de régionalistes et d’excitation à la haine, les bras de fer verbaux, les sorties médiatiques sur fond d’insultes, le flot des marches de protestation parfois suscitées, les déballages et accusations tous azimuts dans le dossier Cen Sad… Il faut vite exorciser le mal qui plane sur le Bénin et ceci à moins de deux (2) ans de la présidentielle de 2011. Selon les indiscrétions, en présence des barons politiques des deux (2) blocs antagonistes, les évêques auraient abordé les guéguerres entre la mouvance et l’opposition qui, hélas, prennent des dimensions inquiétantes. A cet effet, l’épiscopat aurait conseillé les uns et les autres pour la préservation de la paix au Bénin. Car, le souci des populations, en cette période de crise économique et financière, est de vivre dans la quiétude en attendant la prospérité et l’émergence souhaitée. Il aurait formulé le vœu que les « mouvanciers » et les opposants accordent leurs violons autour de l’essentiel surtout lorsqu’il est question des priorités de la nation. Aussi, aurait-il suggéré que les protagonistes politiques enterrent la hache de guerre dans l’intérêt supérieur des Béninois. A travers cet acte républicain, l’épiscopat béninois vient d’apporter de l’eau au moulin du Chef de l’Etat. On se souvient qu’il avait initié au temps fort de la crise le dialogue politique national. Un dialogue dont l’objectif principal est de réunir au sein d’un même creuset tous les fils et filles du Bénin, épris de la chose politique, pour penser le développement du Bénin. Le ministre en charge des relations avec les institutions a été instruit pour conduire le dossier. Hélas, l’opposition, très braquée, n’a pas répondu favorablement à l’appel du Président de la République. Elle a souhaité être associée aux travaux préliminaires. Et ce fut le blocus. Aujourd’hui, les choses ont changé puisque certains opposants d’hier semblent adhérer à l’initiative. La démarche des évêques pourrait contribuer à l’apaisement de la crise et à la tenue du dialogue politique national.