L'expérience est le nom que chacun donne à ses erreurs
Le dimanche 07 juin 2009, face aux Soudanais, au stade de l’Amitié, les Ecureuils ont in extremis, arraché les trois qu’il leur fallait pour se repositionner dans le groupe D. Mais l’unanimité est faite sur la piètre qualité de leurs prestations. Les errements tactiques de la sélection s’expliquent par les options contestables et le coaching approximatif de Michel Dussuyer.
Par : Sosthène SEFLIMI
Une sélection nationale qui évolue lors d’un match, c’est d’abord les hommes en forme du moment, un dispositif tactique conçu par le sélectionneur expliqué au joueurs et répété à plusieurs reprises aux séances d’entraînement et lors de matches amicaux puis des solutions appropriées par le sélectionneur aux problèmes qui se posent au fur et à mesure. Les Ecureuils n’ont pas été à la hauteur du match contre le Soudan parce que les conditions susmentionnées n’étaient pas réunies.
La sélection approximative des joueurs
Le onze entrant qui a débuté le match contre le Soudan n’était pas absolument pas constitué de joueurs en forme du moment. Razack Omotoyossi a certes marqué le but salvateur mais avant et après, il n’a été que l’ombre de lui-même. En six mois, l’ancien joueur de la Jeunesse sportive de Pobè n’a disputé qu’un seul match, celui de Kumasi avec la sélection nationale. L’honnêteté intellectuelle exigeait du sélectionneur qu’il ne titularise pas un tel joueur et qu’il le garde sur le terrain pendant 85 minutes de jeu. John Glèlè, au regard de son volume de jeu affiché lors des séances d’entraînement, ne devrait pas lui non plus être retenu dans le onze entrant. Dussuyer n’a rendu aucun service au latéral gauche du club Chypriote Apep Kyperounda en le titularisant à domicile devant 35 000 spectateurs au cours d’un match qui intervient immédiatement après une défaite des Ecureuils à l’extérieur. Le contexte du match constitue un gros handicap pour le jeune joueur qui ne pouvait faire mieux que ce qu’il a démontré. D’un autre point de vue, Mouri Ogoubiyi qui revenait d’une blessure n’était pas à 100% de ses capacités, comme Romuald Boco qui, utilisé comme arrière droit, n’a jamais su déployer tout son potentiel. Michaël Poté lui aussi a beau être attaquant, mais il n’a pas le potentiel pour être un pilier dans l’axe de la défense adverse. Michel Dussuyer a donc lui-même bâti une équipe bien expérimentale qui ne saurait être équilibrée, a priori. Il n’a pas non plus su concevoir et mettre en place un dispositif tactique pour atténuer les conséquences pour la sélection, de la méforme de certains joueurs.
Les limites de la Commission paritaire
Les Ecureuils n’ont pas affiché, une manière de jouer qui soit homogène, aussi bien dans la récupération que lors des phases offensives. Les mouvements défensifs des attaquants et des milieux excentrés se sont pas coordonnés avec ceux des deux récupérateurs et le bloc équipe s’effiloche trop vite et trop souvent. Sur les phases offensives, les appels de jeu des attaquants sont d’une approximation qui saute à l’œil, en témoignent les nombreuses passes à l’adversaire dont sont auteurs les milieux de terrain qui en désespoir de cause s’engagent dans des raids solitaires. Ce désordre tactique a sa racine dans la mauvaise préparation de la sélection. Les Ecureuils n’ont bénéficié d’aucun match amical. Aucune journée Fifa réservée aux matches amicaux internationaux n’était prévue au calendrier et, la Fbf comme le ministère des sports n’a cru devoir organiser un match amical en Europe comme certaines sélections l’ont fait. Le sélectionneur n’a pas lui non plus jugé utile de solliciter l’organisation d’un match amical pour les Ecureuils, contre une équipe locale. La sélection expérimentale mise en place par Michel Dussuyer n’a donc bénéficié d’aucun cadre d’expérimentation.
Le désordre administratif et libertinage au sein de la sélection
En dehors de l’absence d’un match amical qui aurait pu permettre au sélectionneur de faire des essais, Michel Dussuyer n’a eu tout son effectif à disposition que pendant 3 jours. Les joueurs ont rejoint la sélection à tour de rôle et, ce n’est que le mercredi que le dernier contingent dont Stéphane Sessegnon et Seidah Tchomogo a rejoint le stage qui est sensé commencer depuis le lundi, soit 72 heures plus tôt. L’absence d’une administration au service de la sélection et d’un code de conduite explique le grand laxisme qui caractérise la gestion de la sélection et la grande liberté que se donnent certains joueurs. 72 heures de travail, c’est donc trop court pour répéter des phases de jeu tactiques avec des joueurs très moyens dans l’ensemble.
Les options tactiques discutables du sélectionneur
Non seulement, le temps imparti à Dussuyer pour préparer la rencontre contre le Soudan s’est rétréci comme une peau de chagrin mais il l’a mal dépensé. En trois jours, le sélectionneur national n’a pas véritablement répété des schémas tactiques par compartiment de jeu. Les phases de récupération et les options offensives n’ont été bien clarifiées lors des séances d’entraînement ouvertes au public. Les joueurs qui ont constitué le onze de départ qui se dessinait au fil des séances n’ont jamais joué ensemble. Il fallait donc à Michel Dussuyer d’imposer ses visions défensives et offensives, d’y faire adhérer le groupe, puis, d’insister sur leur stricte application. Ceci ne s’est pas fait. Le technicien français a choisi à tort de laisser les joueurs pratiquer un football d’inspiration. Pas d’automatismes donc à répéter. Ceci explique l’incapacité de la sélection à asseoir un jeu propre qui fasse plaisir à regarder en même temps qu’il permet à l’équipe de progresser efficacement. Les seules fois que les Ecureuils ont multiplié les passes, c’était sur des phases défensives.
Le mauvais coaching de Dussuyer
« Un entraîneur qui ne réagit pas comme il se doit pour proposer de nouvelles solutions aux problèmes qui se posent à lui, ne mérite pas de diriger une équipe qui va nous faire rêver. » ainsi s’exprimait Ignace Yètchénou à notre micro, à la fin de la rencontre. Ce sentiment est partagé par une large frange du public qui incrimine le coaching du sélectionneur national. Tous lui reprochent unanimement d’avoir laissé Razack Omotoyossi et Michaël Poté trop longtemps sur le terrain alors que le premier était visiblement très fatigué et le second manquait de la réussite. Ils lui reprochent également d’avoir titularisé John Glèlè et de ne pas l’avoir remplacé lui non plus, plus tôt. Interrogé à propos des deux premiers cas, Michel Dussuyer a expliqué qu’il gérait le temps. Bien évasif comme réponse. Ce qui est certain, le sélectionneur aurait dû, après 30 minutes de jeu, comprendre que ni Michaël Poté qui a perdu 15 duels sur 20, ni John Glèlè qui était dépassé par les événements ne devraient jouer la 2ème partie de cette rencontre. Cette myopie tactique du sélectionneur national pose le problème de l’utilité de son adjoint ou du moins, des rapports qu’il entretient avec celui-ci. Fortuné Glèlè, entraîneur professionnel, détenteur d’une licence de 3ème degré à lui délivrée en Allemagne, devrait être complémentaire du technicien français et non se confiner dans le rôle du sous-patron qui n’intervient que sur instruction du patron. Les nombreuses distorsions vues et dénoncées par tous ont certainement été perçues par le sélectionneur adjoint. A lui de ne plus se taire les prochaines fois. A moins que Dussuyer ne règne en seul maître à bord du navire jaune. Tout compte fait, le match contre le Soudan a été bien utile puisqu’il permettra de corriger les erreurs avant le périlleux déplacement de Bamako. Dussuyer et Chrysostome savent désormais que la sélection n’est pas au top.