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L'expérience est le nom que chacun donne à ses erreurs

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Entretien avec Brice Houssou, Président de l’Upmb

: « La liberté de presse est une réalité au Bénin »

Un an après la signature de la convention collective applicable aux professionnels des médias en République du Bénin, nombreux sont ces professionnels des médias employés dans des organes, sans contrat, sans salaire et sans un minimum de sécurité sociale. Face à cette triste réalité, nous avons rencontré Brice Houssou, Président de l’Union de professionnels des médias du Bénin (Upmb), structure garante des droits et devoirs des professionnels des médias en République du Bénin. Dans cet entretien, il explique ce qui est fait par l’Union en vue d’une application effective de la convention. Aussi, nous avons abordé avec lui des questions relatives à la liberté de presse et aux apports de l’Etat dans le développement des médias au Bénin.

Bonjour Monsieur Brice HOUSSOU, vous êtes le Président de l'Union des professionnels des médias du Bénin. La convention collective applicable aux professionnels des médias en République du Bénin a été signée depuis le 20 mars 2008 par le ministre du Travail. Mais depuis, on ne ressent pas ses effets sur le terrain. Nombreux sont les professionnels des médias qui travaillent sans salaire, sans contrat, sans sécurité sociale... Qu'est-ce qui est fait pour son application effective au sein des rédactions, parce que tout porte à croire que rien n'est fait. Et pour certains confrères, la convention existe seulement sur papier?


Merci. A tort ou à raison, certains pensent que rien n'est fait; d'autres estiment que la convention existe seulement sur papier. A priori, on peut les comprendre. Parce que vous savez, en matière de lutte syndicale, on ne met pas sur la place publique tous les matins tout ce que l'on fait. Il faut toujours attendre comme on le dit, que cela soit bien cuit avant de sortir quelque chose de concret. Certains disent que la convention existe seulement sur papier, mais c'est déjà un mérite qu'elle existe maintenant enfin sur papier.


Depuis dix ans, on en parlait; mais cela n'avait jamais existé, même sur papier. Vous savez, pour qu'une loi soit appliquée, il faut qu'elle soit d'abord votée puis promulguée. Pour que la Convention collective soit appliquée il faut qu'elle existe déjà. Elle a été négociée, mais elle n'avait pas été mise en vigueur. Il a fallu l'actuel bureau pour faire les couloirs, faire tout le lobbying nécessaire pour qu'enfin le 20 mars 2008, le ministre en charge du Travail d'alors puisse y apposer sa signature et rendre le texte applicable en République du Bénin. Donc, c'est déjà un pas. Voilà pourquoi j'ai toujours dit qu'une chose est de voter une loi, une autre chose est de l'appliquer.



Une chose, c'est d'avoir la convention collective signée, une autre chose est de la rendre effectivement applicable. Nous sommes bien conscients au niveau du bureau exécutif de l'Umpb que cette guerre de l'amélioration des conditions de vie et de travail des professionnels des médias du Bénin ne fait que commencer. Nous avons gagné, c'est vrai, une première bataille: celle de la signature du document. La seconde bataille, la plus dure, la plus difficile est sa mise en application effective. C'est sur ce terrain que nous sommes aujourd'hui.

Vous avez commencé par parler de bataille depuis bientôt un an, parce que lors de la journée internationale sur la liberté de presse de l'année dernière vous avez déclaré que des actions sont prévues. Mais qu'est-ce qui est réellement fait du côté de l'Upmb pour forcer la main aux patrons de presse, puisse l'union est la garante de la défense des droits et devoirs des journalistes au Bénin? Pensez-vous que des journées sans presse peuvent amener aujourd'hui les patrons à corriger un temps soit peu le tir? Parce qu' au Bénin, il faut marcher avant d'avoir satisfaction?



Vous savez, en matière syndicale, on ne livre pas comme ça les stratégies ou les actions qu'on prévoit mener. Il faut les sortir, les utiliser par surprise. Donc, je ne vous dirai pas si nous avons prévu ou pas une journée sans presse ou si nous avons prévu autre chose. L'essentiel est que nous sommes en train de travailler. Il y a un an, je tenais toujours le même langage, mais les actions ne sont pas restées au stade où elles étaient, parce qu'aujourd'hui, nous avons fait beaucoup d'échanges avec les patrons de presse.


Figurez-vous que l'Upmb, sur fonds propre, a financé une activité il y a quelques mois, pour échanger avec les patrons de presse qui, il faut le reconnaître, avaient dit au moment de la négociation, que nous tous nous connaissons les conditions dans lesquelles les entreprises de presse fonctionnent au Bénin et qu'il fallait que l'Upmb accompagne le Conseil national du patronat de la presse et de l'audiovisuel du Bénin (CNPA-Bénin) pour améliorer l'environnement, pour permettre qu'on puisse véritablement payer les salaires prévus par la Convention collective. Evidemment, quand je parle d'environnement, il n'y pas que l'environnement financier et économique, il y a l'environnement juridique.


Au niveau de l'environnement juridique, nous sommes en train de faire un travail pour qu'on insère dans le projet de loi sur la presse, des dispositions qui clarifient le statut de l'entreprise, des dispositions qui permettent à ce que n'importe qui ne se lève plus et crée une entreprise de presse, de sorte que lorsque nous allons mettre ces mesures-là et réussir que les députés votent, on va définir une période transitoire. Ensuite il s'agira d'amener toutes les entreprises à se mettre en règle, sinon elles disparaîtront. Cela va être exactement comme ce qui s'est passé en Côte d'Ivoire où on a dû fermer certains journaux parce qu'ils ne se sont pas mis au pas par rapport à la nouvelle réglementation.


C'est ce qu'on va finir par faire. En effet, c'est la pagaille qui existe dans la création des entreprises de presse qui amène à cette précarité. Cela se passe comment? Avec quelques ordinateurs, on monte un journal et puis on est incapable de payer les salaires après. Cela, on va le corriger du point de vue juridique. Du point de vue financier, les patrons avaient souhaité que l'Upmb les accompagne dans ce qu'ils appellent les mesures d'accompagnement, qu'ils veulent obtenir du gouvernement pour permettre aux entreprises d'avoir une meilleure situation. En fait, si j'explique cela, c'est pour vous dire que nous sommes dans une logique de négociations, de discussion, de partenariat.


Pour l'instant, avec le Conseil national du patronat de la presse, il est évident dans un proche avenir, au lieu de rester à leurs côtés dans les mesures d'accompagnement, les mesures d'allègement qu'ils veulent, on va se retrouver face eux, et là, ça va être l'affrontement. Mais vous savez, l'affrontement en matière syndicale, n'est pas la première arme. Voilà pourquoi on ne l'utilise pas maintenant; elle est une arme ultime. La dernière arme, lorsqu'on sent visiblement le partenaire social qu'on a en face de soi, c'est-à-dire le patron, est de mauvaise foi. Pour l'instant, nous supposons qu'ils sont de bonne foi. Je disais qu'ils ont souhaité qu'il y ait des mesures d'accompagnement, c'est- à- dire que l'Etat leur accorde des facilités pour leur permettre de faire des économies dans leur trésorerie.

L'économie qui résultera de ces facilités devrait entraîner une certaine augmentation de la masse salariale. La lutte que nous avons menée à ce niveau a commencé à ne payer un peu. Le budget 2009 a tenu compte de certaines revendications, en l'occurrence les redevances annuelles. Donc, si on voit d'où nous sommes venus et ce que l'équipe actuelle de l'Upmb a pu faire en un an et demi, on peut dire que quelque chose a déjà pu se faire; et nous espérons qu'avant la fin de notre mandat, nous obtiendrons quelque chose de substantiel, par rapport à ces problèmes.

Avec l'évolution du coût de la vie, l'augmentation du SMIG, qu'est-ce -que l'Upmb entrevoit fairepour rattraper le retard? Puisque cette convention a été élaborée des années bien avant sa signature.



Oui, la convention a été négociée entre patron et employés en fin 2005. Donc cela fait bientôt quatre ans maintenant. Pendant que nous négocions avec le patronat, nous avons pensé à mettre des mesures légales qui allaient contraindre un tant soit peu le patron d'entreprise à se mettre dans la dynamique d'appliquer la croissance collective. Comment nous allons nous y prendre? Ça aussi, c'est une arme syndicale que nous avons. Je ne vais pas le dire ici, avec le temps, je crois que tout le monde constatera nos efforts et le travail que nous avons fait.

En tant que président de l'Upmb, faites- nous un bref état des lieux sur la liberté de presse au Bénin puisse que vous venez d'en parler.



Il faut dire que la presse béninoise se porte bien. La liberté de presse est une réalité au Bénin. La presse béninoise est l'une des plus dynamiques, des plus libres, des plus vivantes du continent. Même au plan international, nous avons été classés parmi les meilleurs les années passées. Il faut dire que depuis l'avènement du régime du changement, nous avons connu quelques problèmes. Sur les fameux contrats que le gouvernement a signés et continue de signer avec les organes de presse, je crois que c'est normal qu'un gouvernement veuille communiquer.


Ce n'est pas un problème que le gouvernement signe des contrats. Car un organe de presse peut avoir des contrats de partenariat et faire de la communication, au-delà de l'information. Ce n'est pas interdit. Ce qui est déplorable, c'est le fait que certains confondent le travail de communication qu'on leur demande à un rôle de griot. C'est cela qui est dangereux. C'est vrai parce que certains organes, il faut le reconnaître, qui ont pris où qui continuent de prendre cet argent, jouent leur rôle de façon normale et équilibrée.


C'est ce qu'on attend d'un journaliste, c'est ce qu'on attend d'un organe de presse. Malheureusement, il y en a qui, aveuglés par cet argent-là, passent à côté des règles éthiques et déontologiques et c'est peut-être cela aussi qui a fait que Reporters sans frontières nous a déclassés. Je crois que de plus en plus, beaucoup d'organes et le pouvoir se rendent compte de cette triste réalité et que les choses vont dans un sens de correction.

Il faut saluer cela et encourager le gouvernement à restituer à la presse toute sa liberté de 2006 ou d'avant 2006, encourager les professionnels des médias à se rendre compte qu'ils ont une déontologie. Quelque soit l'argent qu'on leur donne, ils ne doivent pas fouler aux pieds leur déontologie. C'est comme ça que nous allons nous faire respecter et occuper notre place de choix au niveau des structures qui travaillent pour la démocratie.

Votre conclusion?



Je voudrais dire à l'ensemble des professionnels des médias du Bénin que l'Upmb travaille au quotidien pour que leurs conditions de vie et de travail s'améliorent. C'est vrai, que nous n'arrivons pas à obtenir tout ce que nous souhaitons, mais nous faisons quand même un minimum et on peut dire qu'un résultat est là. Je voudrais dire aux professionnels de médias de se mettre résolument au travail, de faire leur travail avec foi et abnégation, pour que nous soyons respectés au niveau de la communauté internationale.


Je voudrais leur dire également de faire l'effort de chercher à avoir la carte de presse délivrée par la Haac et le ministère de la communication. C'est la carte d'identité professionnelle du Journaliste. Bientôt, nous allons mettre en place une structure de mutualité, en attendant que la plupart des entreprises de presse aient de bonnes situations financières pour inscrire leurs employés au niveau des assurances sociales, pour que les confrères soient pris en charge lorsqu'ils sont malades ou en tout cas, à l'occasion des évènements heureux ou malheureux. Nous allons mettre en place bientôt un système de mutualité, de sécurité sociale.


Pour finir, je voudrais lancer un appel au gouvernement et lui dire qu'un pays n'a que la presse qu'il mérite. Donc le Bénin d'aujourd'hui, a la presse qu'il mérite. L'Etat béninois n'investit pas encore assez dans la presse. Il faut investir dans la presse. L'Etat a l'obligation de mettre en place l'environnement qui doit permettre à l'entreprise de presse se développer. Il n'y a pas encore assez d'investissement dans la presse. Je sais que l'actuel ministre de la communication fait beaucoup d'efforts.

Nous l'encourageons à continuer pour obtenir du gouvernement les moyens qu'il réclame pour développer les médias. Vous avez vu qu'il a été crée une Direction de développement des médias; c'est à encourager, parce que nous voulons que notre profession, notre corporation soit vraiment prise en compte dans ce pays. Nous avons besoin de vivre de notre métier, comme les autres qui ont le même niveau d'études que nous et qui vivent mieux parce qu'il travaillent dans des secteurs qui sont assez organisés par l'Etat. Il faut que l'Etat intervienne pour organiser le secteur de la presse.


C'est du rôle et de la responsabilité des pouvoirs publics. Il faut que le gouvernement augmente la cagnotte de l'aide de l'Etat à la presse privée. Trois cent millions par an depuis dix ans, alors que la presse a augmenté, tant dans ses problèmes que dans sa taille, dix fois, mais l'aide n'a pas augmenté. Il a fallu que nous criions l'année passée pour qu'on nous augmente juste cinquante millions. Non, nous voulons le milliard pour la presse, en termes d'aide à la presse.


Propos recueillis par L'Option Infos

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