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L'expérience est le nom que chacun donne à ses erreurs

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Abomey : Scandale autour d’une tentative d’internement forcé dans un couvent

Des féticheurs ont récemment tenté (le mercredi 28 janvier) sans succès à Abomey d’enlever une dame du nom de Antoinette Kpamègan épouse Agbizounon. Celle-ci a été sauvée de justesse, indique-t-on de source proche de la brigade de gendarmerie, par les populations qui ont affronté le commando de prêtres du vodoun Lissa, à savoir quatre hommes et une femme et les ont mis en déroute.

Par : Hervé JOSSE

Les faits se sont produits le mercredi 28 janvier au petit matin à Toïzanli, un quartier d’Abomey. Agée d’environ 40 ans, Antoinette est mariée et mère de 07 enfants. Vendeuse de bouillie, elle avait l’habitude de se lever très tôt pour honorer son rendez vous avec ses clients. Ce matin-là, pour ses besoins, elle fait un détour dans un buisson situé à quelques pas de son domicile. C’est sur le chemin du retour qu’elle est abordée par une dame qui, après l’avoir reconnue, fait appel à quatre hommes embusqués derrière des arbres. Ceux-ci surgissent, lui annoncent qu’elle devait rentrer au couvent du Vodoun Lissa pour en sortir Vodounsi et l’empoignent sans aucune autre forme de procès. Les cris et appels au secours de dame Antoinette ne les ébranlèrent guère. Elle entreprit de leur expliquer qu’elle était catholique pratiquante et qu’elle n’avait aucun lien avec un fétiche quel qu’il soit et que, probablement, il y avait erreur sur la personne. « C’est faux », lui rétorquèrent ses assaillants qui redoublèrent d’ardeur dans leur sinistre besogne au point où le seul pagne que portait la dame glissa, tomba révélant au jour levant les rondeurs de cette quadragénaire multipare. Se débattant, elle pleurait et criait si fort au point de tirer tout le quartier de son sommeil. Soucieux de vite quitter les lieux avec leur colis humain, les assaillants ne se sont nullement préoccupés de ce qu’elle avait perdu son pagne et qu’il fallait lui permettre de se revêtir.


Il semblait même, d’après le témoignage que fera plus tard dame Antoinette, qu’ils s’étaient drogués. Ils finiront tout de même par lâcher prise sous la pression de la foule. Les plus tenaces parmi les quatre féticheurs n’ayant pu se soustraire aux coups de poings et de bâtons que les plus excités parmi la foule ne pouvaient s’empêcher de leur asséner. Un sage du quartier avait même entrepris de discuter avec eux et de leur faire comprendre que ce mode opératoire pour se faire des adeptes était biaisé. Car, mariée et provenant d’une famille aboméenne, il eût fallu l’avertir, elle-même et ses parents si tant est que son avenir se trouvait dans ce couvent avec le Vodoun nommé Lissa. Toute honte bue, la queue entre les jambes, les assaillants battent en retraite mais non sans, d’après les témoignages, proférer des menaces de mort à l’endroit de dame Antoinette et de tous ceux, sans exception, qui ont osé, disent-ils, les affronter et faire capoter cette opération. « Vous ne verrez pas la fin de 2009 », aurait lancé l’un d’eux en direction de la foule.

Eviter l’escalade

C’est une dame toute contusionnée que de bons samaritains ont conduit ce jour-là dans un centre de santé où elle a été examinée et soignée pour quelques bobos et une entorse. Effrayée par les menaces de mort, elle porte plainte contre ses assaillants. Interrogés deux jours plus tard par le commandant de la brigade de gendarmerie d’Abomey, l’adjudant-chef Joël Kossi Ahissou, qui les a entendus au sujet de cette affaire, les mis en cause ont presque fondu en larmes, implorant la clémence de celui-ci. « Nous ne savions pas. Nous sommes à nos débuts et n’avons pas pris la peine de consulter nos devanciers avant de nous lancer dans cette aventure », a expliqué leur porte-parole, à genoux devant le gendarme. Ils ont aussi expliqué avoir décidé d’enlever dame Antoinette en exécution de la promesse faite par sa mère. Abstraction faite des considérations se rapportant aux pratiques occultes, le gendarme prend à bras le corps cette affaire mais, très rapidement, bute sur un point qu’il juge capital : comment envoyer devant le juge des prêtres féticheurs sans provoquer une levée de boucliers chez leurs nombreux adeptes ?


L’ouverture d’une procédure judiciaire ne serait-elle pas dommageable à l’ordre public ? Tant il est vrai qu’envoyer ces prêtres vodoun devant le juge qui les incarcéreraient est suicidaire. Cela pourrait provoquer des réactions violentes qu’il serait fastidieux de gérer. « Nous ferons l’économie d’une crise supplémentaire si nous nous engageons dans la porte entrouverte par les protagonistes de cette affaire », a-t-il indiqué. Effectivement, Abomey est encore solidement ancré dans la tradition et toute occasion serait bonne pour mettre en exergue les cultes traditionnels. C’est la raison pour laquelle, la brigade de gendarmerie d’Abomey a momentanément laissé en suspens ce dossier, une fois que les prêtres du vodoun Lissa ont fait leur mea culpa, promis qu’ils ne récidiveront pas et démontré leur bonne foi en payant les factures d’hôpital présentées par leur victime.

Indignations et désapprobation

Cette histoire pouvait s’arrêter là. Mais, ce fait divers relance le débat sur la cohabitation avec les couvents et la question des libertés individuelles face aux pratiques religieuses traditionnelles. A l’article de la mort, il y a neuf ans, son père avait mis un point d’honneur à la mettre en garde contre tout lien avec quelque fétiche que ce soit. « Je ne suis adepte d’aucun vodoun. Je suis catholique. Vous êtes partis sur mes traces et je ne voudrais pas qu’après ma mort, les choses soient autrement ». « Ce sont les dernières paroles de mon père » a raconté Antoinette qui a témoigné que cette mise en garde a jalonné toute la vie de celui-ci. Que s’était-il passé plusieurs années plus tôt soit plus de trente ans en arrière ? Enfant, Antoinette était tombée malade. A l’insu de son père, sa mère la mit au dos et l’emmena chez un féticheur à qui elle promit sa fille comme adepte (vodounsi) si celui-ci réussit à la soigner. Le couple formé par ses parents, a-t-elle témoigné, n’a pas survécu à cet épisode. Son père n’ayant pas pardonné à sa mère cet écart. Il apparaît même, d’après les témoignages, que les choses ne se passent pas comme ça. « Même mon mari est féticheur et il n’a rien contre le fait que ses enfants et moi sommes catholiques fervents.


Lui il est adepte du vodoun Hêbiosso, mais nous vivons dans l’entente. Nos pratiques religieuses ne nous ont jamais opposés et il n’a jamais trouvé absurde ou gênant que nous fréquentions une église catholique. Mais, d’où vient que des gens d’un couvent avec lequel je n’ai jamais rien eu s’autorisent de vouloir me prendre de force avec eux ? », s’interroge-t-elle. Même indignation chez Houédanou Kpamègan, le mari qui, à son tour, s’indigne que des adeptes d’un vodoun aient tenté d’enlever son épouse pour en faire une féticheuse. Selon lui, quand quelqu’un est choisi pour entrer dans un couvent, c’est dans la concertation que cela se réalise. « Le chef féticheur saisit la famille, envoie des présents et négocie », témoigne le mari d’Antoinette. La manière cavalière dont dame Antoinette Kpamègan a failli être internée dans un couvent suscite indignation et désapprobation au sein de la population.

En porte-à-faux avec la tradition

Ancien commissaire de police et chercheur en histoire, Dah Désiré Agbidinoukoun s’étonne face à ce mode opératoire venu, selon lui, de nulle part. « Cette manière de procéder n’a aucun ancrage dans la tradition », avoue-t-il. Les auteurs de cette tentative d’internement forcé peuvent être attraits devant une juridiction pour un cumul d’infractions dont les plus évidentes ont trait à la violence, à la voie de fait et outrage public à la pudeur soit au moins trois chefs d’accusation. Même dans le Vodoun, commente-t-il, les pratiques traditionnelles ne s’accommodent point de violations aussi flagrantes des libertés individuelles. » « Cela se fait, mais avec plus de subtilité, car tout passe comme une lettre à la poste et la personne désignée pour être adepte d’un fétiche se voit contrainte d’obtempérer », révèle-t-il. A la limite, reconnaît Dah Agbidinoukou, les chefs de cultes ont plusieurs astuces pour recruter leurs adeptes. Une femme supposée stérile qui recourt à leurs services pour avoir une descendance est, par la suite, contrainte de manifester sa reconnaissance en offrant son enfant à son sauveur qui, à son tour, en fait un adepte. Dans la plupart des cas, les chefs de cultes imposent ce type de condition.


Ce sont ces mêmes termes qui définissent les rapports entre les parents d’enfants malades et les féticheurs sollicités pour les tirer d’affaire. Au cas où, devenu majeur, un enfant lié par un tel contrat rechignerait à s’exécuter, le chef de culte, dans la plupart des cas, expérimente son pouvoir pour le faire plier. Celui qui est redevable à un couvent peut être soumis à une torture psychologique. C’est ce qui explique souvent que des gens entrent en transe ; signe qu’ils sont possédés par un vodoun, indique Dah Agbidinoukoun. La solution à un tel problème ne se trouvant ailleurs que dans un couvent, évidemment personne ne cherchera loin. Ailleurs, ce sont les parents eux-mêmes qui désignent parmi leurs progénitures dans le but de perpétuer la présence de leur lignée dans le culte auquel ils se sont voués toute leur vie.


Aujourd’hui, fait-il remarquer, en raison de ce que le vodoun tend à devenir un véritable fonds de commerce, les choses se passent autrement. Spontanément et surtout avec les calculs d’épiciers auquel il se prête désormais, il n’est pas rare de voir des gens délibérément choisir d’intégrer un couvent pour recevoir une initiation. En ce qui concerne le culte Sakpata, par exemple, des qualités de bon danseur représentent un critère majeur pour une intégration.

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