L'expérience est le nom que chacun donne à ses erreurs
Nous étions enfants, naïfs et donc innocents. On se souvient de ce jour là comme celui d’une petite guerre-éclair. Du cœur de Cotonou, quelques crépitements de balles. Il y avait une petite panique. Il fallait se terrer dans nos maisons. Seuls les aînés, les grands, les oncles et les tantes pouvaient réaliser la réelle ampleur de ce qui se passait. Ce devait être une période de vacances scolaires car en ce moment-là, en pleine période révolutionnaire, le calendrier scolaire était établi de telle sorte que les mois de vacances arrivaient vers la fin de l’année et chevauchaient la nouvelle année. Mais à coup sûr, c’était un dimanche. Jour du Seigneur devenu jour de guerre.
Bob Denard, le célébrissime mercenaire, avait décidé de visiter notre pays ce jour-là avec une poignée d’hommes en armes. C’était paraît-il pour renverser le régime militaro-marxiste du Lieutenant-colonel Mathieu Kérékou et autres. Les commanditaires, avait-on dit et dit-on encore, étaient des compatriotes qui voulaient en découdre et en finir avec le régime qui les avait contraints à l’exil. Et sept soldats tombèrent sur le champ de bataille les armes à la main. Ce furent les martyrs de la révolution populaire du Bénin, dont les noms furent appris par cœur et récités dans toutes les écoles du Bénin. C’étaient les héros de la révolution tandis que les autres étaient considérés comme des « zéros » : condamnés à mort. Une fois. Deux fois. Plus parfois.
Et pourtant. Comme le temps passe vite. Comment ne pas voir aujourd’hui, étant adulte, ô combien ce pays est curieux. Avec ses forces et faiblesses. Les ennemis d’hier se sont retrouvés à la table des négociations et de la réconciliation en 1990. Il fallait le voir pour le croire. Et puis tout ce qui s’ensuivit en alliances et compagnonnages jusqu’à ce jour. En fait, ce pays a tout pour réussir. Qu’est-ce qui ne va donc pas ?
Par : Vianney ASSANI