L'expérience est le nom que chacun donne à ses erreurs
Le professeur Mathurin Coffi NAGO, président de l’Assemblée nationale, a imprimé vers la fin de l’année écoulée, une nouvelle orientation à son action à la tête de l’institution parlementaire. Celui à qui une certaine presse a fini par coller l’étiquette du 31ème ministre du gouvernement, lui reprochant une trop forte allégeance au régime du changement et surtout à son chef, le Docteur Boni YAYI, se donne une nouvelle identité à travers une relative indépendance vis-à-vis des FCBE, l’alliance de partis qui l’a fait député puis porté au pinacle du Parlement. Loin de se dévêtir du costume de dignitaire des Forces Cauris pour un Bénin émergent et de se défaire de l’amitié personnelle qui le lie au Chef de l’Etat, au risque d’apparaître comme un vil traître, Mathurin NAGO semble avoir tiré leçon dorénavant du procès que lui font les députés de l’opposition non déclarée et une partie de la presse nationale. C’est-à-dire, qu’il lui faut préserver et maintenir la passerelle institutionnelle qui existe entre le Parlement et l’Exécutif, bien qu’il ait quitté le gouvernement pour le perchoir. Les déboires politiques du président de l’Assemblée nationale sont nés à partir de ce manque de discernement. Si donc l’année 2008 n’a pas été de la sinécure pour le professeur président, tout comme pour le gouvernement du Docteur Boni YAYI auquel on le confond, c’est que Mathurin Coffi NAGO a manqué de tact politique qui lui permettrait même au creux de la vague, d’être au-dessus de la mêlée (sa famille politique). Aujourd’hui, c’est un Mathurin NAGO presque transfiguré qui dirige l’institution parlementaire avec beaucoup de discernement ; se démarquant quand c’est nécessaire du joug de sa famille politique. Les Béninois se souviennent encore avec quelle maestria il avait conduit vers la fin de l’année, les plénières sur la désignation des représentants des députés respectivement à la Haute Cour de Justice et au Parlement de la CEDEAO. Après la vaine polémique et l’échec dans la recherche du consensus sur la clé de répartition des sièges, Mathurin NAGO ne s’est pas laissé ébranler par le boycott par les députés FCBE de la suite des opérations dès que l’option de la désignation par vote a triomphé dans l’hémicycle. Sereinement et jusqu’au petit matin, le président de l’Assemblée nationale a conduit le processus à son terme, à la surprise générale des députés de l’opposition non déclarée. Même si aujourd’hui, la Cour constitutionnelle a fini par remettre en cause l’élection des députés à la Haute Cour de Justice selon le modus operandi utilisé par les parlementaires, Mathurin NAGO, lui, n’a rien à se reprocher. En fin de semaine dernière, à l’occasion de la cérémonie traditionnelle d’échanges de vœux au Parlement, l’on a encore revu Mathurin Coffi NAGO dans un discours d’apaisement invitant ses collègues à davantage d’ardeur au travail pour faire de l’Assemblée nationale une institution qui remplit véritablement son mandat républicain. Le président NAGO, plus politique que jamais, a eu un clin d’œil « courtisan » à la doyenne d’âge du Parlement, l’honorable Rosine VIEYRA SOGLO qu’il a couverte d’éloges flatteurs pour sa sagesse et son engagement au service de la démocratie et de l’Etat de droit. Universitaire bon chic bon genre et ex doyen de la Faculté des Sciences agronomiques, il manquait jusque-là, à la carte de visite du professeur NAGO, un visa d’homme politique clairvoyant et averti. Mais depuis peu, ses actions à la tête du Parlement commencent à lui forger l’allure d’un véritable président d’une institution de contre-pouvoir que constitue l’Assemblée nationale. Il ne reste qu’à lui souhaiter bon vent et du succès dans ce nouveau management du Parlement béninois.
Par : Bernadin MONGADJI