L'expérience est le nom que chacun donne à ses erreurs
Annoncés par le vote du budget de l’Etat exercice 2009, les signaux d’un basculement de la majorité parlementaire en faveur du camp présidentiel se précisent en ce début d’année 2009. Les récents mouvements de plusieurs députés entre retournements de veste et repositionnements stratégiques, annoncent déjà les couleurs d’une saison de mésalliances belle et prometteuse à l’Assemblée nationale.
Par : Bernadin MONGADJI
Au sortir d’une audience que lui a accordée le Chef de l’Etat, le président Boni YAYI, au début du week-end dernier, le tonitruant député du G13, l’honorable Cyriaque DOMINGO s’est fendu d’une déclaration où après avoir félicité le président de la République pour ses nombreuses actions de développement au service de la Nation, martèle avec force conviction que son soutien aux actions du régime en place ne souffre d’aucune ambiguïté. En des termes clairs, si le député de Houéyogbé se donne tant de libertés au sein de son groupe politique, qui fait de l’unité d’action un principe sacro saint, sans en craindre de graves représailles, c’est qu’il annonce désormais les couleurs de son indépendance vis-à-vis de sa famille politique. Quelques jours avant lui, son collègue Isidore GNONLONFOUN brise l’alliance qui liait jusque-là son parti, le PRS (Parti de la Rénovation Sociale) avec le PRD (Parti du Renouveau Démocratique) de Me Adrien HOUNGBEDJI. Entre autres motifs évoqués par le parlementaire dissident pour justifier la rupture des noces avec le PRD, la pression de ses électeurs du 15ème circonscription électorale de Cotonou qui exigent qu’il soutienne désormais les actions du régime du changement. Ces deux retournements de veste aussi spectaculaires qu’ils soient et qui interviennent en ce début d’année annoncent une belle saison de mésalliances politiques à l’Assemblée nationale. Les députés Cyriaque DOMINGO et Isidore GNONLONFOUN, s’ils confirmaient les prochaines semaines dans leurs actes parlementaires leur soutien au président Boni YAYI, rejoindraient dans la nasse du camp présidentiel leurs collègues Zéphirin KINDJANHOUNDE et Justin AGBODJETE, deux députés de l’ADD, qui les y avaient précédés.
Une nouvelle carte parlementaire
Les récents bouleversements et mouvements des députés, auront à n’en point douter d’importantes répercussions sur l’actuelle carte politique de l’Assemblée nationale. La première conséquence sera le basculement de la majorité en faveur des députés du camp présidentiel qui devront s’attendre à accueillir en leur sein de nouveaux adhérents et sympathisants. Dans le camp des G et des F, la position d’ouverture politique prônée par la présidente de la Renaissance du Bénin à l’occasion du vote du budget 2009 de l’Etat, a fini par convaincre certains députés qu’au gré des intérêts, il est loisible désormais de saborder l’unité de l’intergroupe. Le coup de semonce de la RB ayant révélé la fragilité de l’intergroupe et l’absence d’une feuille de route pour son action politique en dehors du slogan « pas de YAYI en 2011 », bien de députés membres se rendent compte aujourd’hui qu’on les a embarqués dans un château de cartes qui peut s’effondrer à tout moment. Ces derniers envisagent déjà leur repositionnement avant qu’il ne soit trop tard. C’est dire donc que la foire des transhumances politiques pourrait enregistrer une forte participation en cette année 2009. La cible de la ruée reste, hélas, le camp présidentiel qui, selon les indiscrétions, prépare en conséquence sa nasse en vue de faire de bonnes prises durant cette saison politique qui s’annonce belle et remplie de promesses !
Encadré
Profiter du dégel pour résoudre la crise politique
La lecture de cette nouvelle carte parlementaire fait remarquer déjà plusieurs actes de divergences au sein d’un groupe. La semaine dernière seulement, le député Séfou Fagbohoun, dans un entretien téléphonique qu’il a accordé à notre journal, revendiquait haut et fort, son combat pour le vote du budget, exercice 2009. Qu’il vous souvienne les déclarations de la présidente de la Renaissance du Bénin, Rosine Soglo, le jour de ce vote, ce qui a suscité maints commentaires dans les médias. Toujours à la fin de la semaine écoulée, ce fut le tour de l’honorable Cyriaque Domingo, de dire son soutien aux actions du Chef de l’Etat, tout en promettant des surprises dans les jours à venir, au niveau du parlement. C’est dire que dans le camp du bloc « anti-Yayi » au parlement, il y a, depuis le retour de Rosine Soglo, un changement de ton au niveau de l’Assemblée nationale, ce qui a conduit à un vote à l’unanimité du budget. Mais la question est de savoir jusqu’à quand va durer ce changement de ton. Cette accalmie est-elle conjoncturelle ou va-t-elle s’inscrire dans la durée ? Dans tous les cas, les derniers événements politiques montrent qu’il y a possibilité d’un nouveau dialogue politique au Bénin. Reste à ceux qui croient à ce dégel de saisir l’opportunité pour décrisper l’atmosphère politique, tendue depuis plusieurs mois.
Par : Barnabé HOUNKANRIN