L'expérience est le nom que chacun donne à ses erreurs
La littérature économique classique montre que les économistes ne sont pas sûrs de leurs modèles économiques. Tout récemment, Jeffrey Sachs, Director of Harvard Institute of International Development(HIID), confirme cela avec raison. A l’époque, il disait que les économistes modernes ne disposaient pas de véritable modèle d’analyse et d’organisation de la croissance. Ils savent même pas ce qu’est le taux de croissance et combien de fois pourrait-il calculer son taux.
C’est de celà que parlait Joan Robinson, dès 1978, à propos de la fonction de production de Cobb- Douglas qui disait: « Quand l’étudiant pose la question au professeur de savoir en quoi consiste le capital (K), il n’a pas encore de réponse, que déjà il devient professeur à son tour ».
C’est cela aussi qui confirme les propos de mon maitre Anson –Meyer qui m’avait interpellé un jour en ces termes:
«Je ne pense pas, que tous les auteurs que vous avez étudiés vous ont caché le fond de leurs connaissances, de leurs savoirs. Pour ce qui me concerne, je vous ai livré les connaissances réelles que j’ai eues en économie».
Mon maitre disait cela, lorsque j’avais affirmé que l’Occident cache aux universitaires africains ses connaissances des questions économiques et monétaires. Car, n’ont-ils pas écrit noir sur blanc, dans le protocole des sages de Sion, «qu’ils ne sortiront pas la vraie théorie monétaire tant qu’ils n’auront pas le monde à leur pied?» C’est surtout cela qui nous conduit à admettre l’hypothèse de complot occidental contre l’Afrique.
Cependant, il y a quelque part une supercherie dans l’imposition aux autres d’un système que soi-même on a rejeté, dans la prétendue collaboration de compétences hétérogènes, dans le manque de clarification des notions dans l’esprit des jeunes universitaires appelés demain à les appliquer.
Il faudra constater, et avec regret, que les économistes occidentaux, conseillers des institutions financières internationales, continuent d’imposer aux économies en développement les pratiques économiques négatives, que l’Occident a définitivement rejetées, notamment la dévaluation et les planches à billets récemment connues au Ghana et au Nigeria avec les programmes d’ajustements du FMI et de la Banque mondiale.
La Vision Panafricaniste de la Monnaie
Par monnaie, nous voyons généralement sa fonction de médiation sociale et manquons de lui donner sa dimension mathématique de la théorie quantitative (notre formulation à six variables et non celle de Friedman à quatre variables), qui, seule, permet de donner à la monnaie son statut d’outil par excellence d’organisation. Ce qui constitue un moyen d’unification et d’aménagement de l’espace humanisé.
La littérature classique de la monnaie, c’est plus son origine qui relève beaucoup plus d’une discipline de l’histoire, de la sociologie et de la philosophie. Aussi, au sujet de la monnaie, il ne sera pas question de sa fonction, connue chez les sociologues et les historiens, mais plutôt du rythme de la création monétaire dans les objectifs de la croissance et de la résolution des grandes questions économiques, financières, sociales et culturelles.
Par monnaie, l’analyse classique voit, d’abord, la valeur de la monnaie puis le troc et le capital, c’est-à-dire de l’échange de bien contre bien qui donnera très vite ses limites, puis les formes actuelles de la médiation monétaire. La notion de la valeur de la monnaie a donné naissance à quatre conceptions classiques de la monnaie. Nous rappelons:
1. La conception métalliste ou substantialiste qui rattache valeur de la monnaie à sa substance métallique. Elle s’accorde à la «currency principle»;
2. La conception nominaliste ou régalienne qui rattache la valeur de la monnaie à la loi qui l’impose comme moyen de paiement quelle que soit sa substance;
3. La conception socio psychologique qui rattache la valeur de la monnaie au consensus social basé sur la confiance qui repose sur le dynamisme de l’économie du pays émetteur.
En plus de cette étude sociologique et historique de la monnaie, nous avons la conception panafricaniste de la monnaie dont je suis le concepteur, et qui rattache la monnaie à la croissance économique et démographique. Pour l’analyse économique panafricaniste, la monnaie doit être d’ajustement et devra être créée à l’image de la croissance économique, à l’ombre de la croissance démographique, mais aussi à l’ombre des crédits accordés à nos économies dont les crédits de campagne seront considérés par les panafricanistes comme la monnaie du monde rural…
La vision panafricaniste de la monnaie est la meilleure qui puisse exister et qui s’accorde à la Banking principle, c’est-à-dire l’émission de billets de banque doit être fonction du financement de l’économie et non rigoureusement des réserves de métaux précieux des banques. A la différence de la «currency principle» selon laquelle, la valeur de billets émis doit être fondée sur la quantité de métal déposée dans les banques, ce qui réduit les risques d’émission excessive de billets de banque, source d’inflation, la «banking principle», dans l’hypothèse de la monnaie endogène, a le grand avantage de favoriser la meilleure expression des économies africaines. L’offre de monnaie endogène, la future politique monétaire de l’Unité Africaine étant exempte d’inflation, l’affirmation selon laquelle, la «banking principle» est source de tension inflationniste tombe définifitivement.
Aussi, par valeur de la monnaie, les panafricanistes se préoccupent plus de la stabilité de la monnaie, c’est-à-dire comment maintenir stable et dynamique la valeur de la monnaie dans les objectifs de la future croissance économique, de nouveaux emplois, de meilleurs salaires et du mieux-être des populations africaines. Les économistes classiques, pour la plupart économètres ou historiens de la pensée économique, limitent leurs études de la fonction technique de la monnaie uniquement à ses liens économétriques avec le PIB et les taux d’intérêts. Par ce biais de l’économétrie, ces économètres font ressortir des prétendues relations économiques entre la monnaie et les diverses mesures du stock de monnaie M1, M2, M3 . Ils laissent de coté le modèle mathémathique, loi économique universelle de la répartition, la théorie quantitative de la monnaie qui, seule, donne à chaque variable économique, voire comptable dont la monnaie, sa place dans l’organisation politique et économique.
La monnaie comme stock d’actifs, utilisés à des fins de transactions économique.s est à la base des ajustements macroéconomiques, microéconomiques et sectoriels.
Elle comporte la monnaie d’ajustement (dM), le socle de la future planification en Afrique, l’antithèse de la fiscalité, la mère de la subvention et de la réduction fiscale en Afrique. Elle comprend également la monnaie fiduciaire, monnaie dépourvue de toute utilité intrinsèque, qui tire exclusivement sa valeur du fait d’être utilisée comme monnaie. Les techniciens la représentent par (M1) qui est aussi appelée base monétaire; la masse monétaire qui comprend monnaie M1 et la monnaie scripturale dont il est disposé par chèque ou par virement d’un compte à un autre. Les diverses mesures du stock de monnaie sont, de plus en plus, larges à mesure que l’on passe de M1 à M3.
A suivre…