L'expérience est le nom que chacun donne à ses erreurs
Blandine Ahouansou est une femme courageuse d’origine béninoise. Elle a su se faire une place de choix dans le cercle fermé des 200 mille conducteurs de taxi-motos de son pays et devient ainsi la première femme au Bénin à embrasser ce métier très masculin. Elle l’exerce depuis 8 ans. Enquête sur une femme pas comme les autres.
Née dans un village de Grand-Popo, Hêvè, dans le département du Mono, précisément au Sud du Bénin, Blandine Ahouansou, 41 ans, est divorcée et mère de six enfants : 4 filles et 2 garçons.
L’aînée est âgée de 24 ans. Niveau d’études très bas, CE2, taille 1,64 m, teint bronzé, cheveux noirs et yeux marrons. Cette dame a eu un parcours très riche : 25 ans dans le commerce avant de changer de métier.
Elle a su se donner tous les moyens pour attirer tous les regards. Commerçante de grande renommée dans les années 80 et 90, Blandine Ahouansou a touché à tout. Elle achetait des habits neufs pour enfants à Lomé (Togo) pour les revendre à Cotonou. Elle avait deux emplacements au marché international de Dantokpo, situé dans la capitale économique du Bénin, et allait aussi au Nigéria acheter des pacotilles, boucles d’oreilles, chaînes en or, chaussures de classe et bien d’autres articles pour les revendre sur le marché national.
Face à la mévente, elle décide d’abandonner ce métier pour le commerce illicite de l’essence frelatée. Là encore, elle n’a pas fait long feu. « Des amis m’ont convaincue que ce commerce rapporte beaucoup d’argent. C’est comme çà que je m’y suis engagée. Mais deux ans après, j’ai dû laisser parce que j’ai compris que c’est nuisible à la santé », a-t-elle confié.
Après avoir mené ces deux activités (commerce au marché Dantokpo et vente de l’essence frelatée) sans grand succès, elle a ouvert un petit restaurant à Aïdjèdo, un quartier populeux de Cotonou, pour tenter de combler ses attentes. Mais ce n’était pas la meilleure solution. Quelques jours plus tard, elle a fermé ce restaurant pour faillite.
Le début d’une nouvelle carrière
Blandine Ahouansou a une moto mate 50 qu’elle a louée à un conducteur de taxi-moto et gagnait 1500 F par jour. L’expérience n’a duré que 90 jours. Le conducteur n’arrivait pas à respecter ses engagements. Blandine lui a alors retiré sa moto et décidé de porter, elle aussi, le maillot jaune, la tenue de service des Zémidjans à Cotonou.
En 2000, elle rentre dans le cercle fermé des conducteurs de taxi-motos béninois et devient ainsi la première femme à mener cette activité. Au début, elle quittait la maison entre 8 et 9 heures. « L’activité ne marche plus comme auparavant. Quand j’avais démarré, je faisais des recettes allant jusqu’à 12 mille F Cfa par jour, mais maintenant, c’est difficilement que je fais 2.000F de recette.
Il y a trop de conducteurs dans le pays, notamment à Cotonou. Désormais, je rentre à la maison au plus tard à 22 heures », a-t-elle fait observer. « Blandine a beaucoup persévéré dans ce métier. Une femme dans notre rang, c’était utopique au départ, mais elle nous a surpris, de part son courage et sa détermination à toujours faire la différence autour d’elle », confie Jacques Dêgnonhoué, lui aussi conducteur. La moto « Djènanan » que Blandine roule actuellement est le fruit de la coopération entre la Banque régionale de solidarité (Brs) et les syndicats des conducteurs de taxi-motos. Grâce à son dynamisme, elle est parvenue à signer un contrat avec cette banque ; ce qui lui a permis d’avoir cette moto qu’elle conduit depuis le 1er décembre 2006.
En retour, elle est contrainte de verser à la banque, 2000 F par jour, et ce durant 2 ans 6 mois – la moto coûte 1.475.000 F Cfa. « Ce n’est pas facile, mais je ferai tout pour respecter cet engagement », rassure Blandine qui ne passe pas inaperçue. Les gens la respectent davantage et l’encouragent. Lorsqu’elle porte son casque, en circulation, elle devient méconnaissable. Les gens la confondent à un homme. « C’est un métier passionnant. Je ne regrette pas de l’avoir choisi », estime-t-elle.
Education de ses enfants
L’éducation des enfants de Blandine ne lui pose aucun problème. A l’en croire, ils sont suffisamment grands pour se prendre en charge. « Leur père, un militaire actuellement en fonction dans le Nord-Bénin, m’a abandonnée pour notre domestique qui lui a fait un enfant. Je suis allée voir ses supérieurs hiérarchiques pour que tout au moins, il s’occupe de ses enfants. Mais mes démarches n’ont pas prospéré.
Je me débrouille pour subvenir à leurs besoins », confie l’amazone des temps modernes. « C’est une femme brave. Elle a étonné tout le monde. Ses activités professionnelles ne l’empêchent pas de s’occuper de ses enfants. C’est extraordinaire », témoigne Théodore Kpadonou, conducteur de taxi-moto, qui la côtoie.
La marque de la différence
« Blandine est une femme spéciale. Elle est en train de démontrer que les femmes sont aussi capables de quelque chose », affirme un syndicaliste du Synaprozeb. Mis au monde dans les mêmes conditions, les hommes et les femmes ne peuvent avoir que les mêmes droits. Et d’ailleurs, tous les textes juridiques en vigueur prônent cette parité. Ils peuvent donc exercer les mêmes métiers.
Blandine Ahouansou vient de donner la preuve de la capacité des femmes à exercer aussi les métiers dits d’hommes. C’est un exemple à suivre. « Je termine le contrat de la Brs puis je vais m’intéresser au transport en commun dans l’espace Cedeao », annonce-t-elle.
Léonce HOUNGBADJI