L'expérience est le nom que chacun donne à ses erreurs
Depuis quelques mois, le Bénin traverse une grave crise politique sans précédent. Ces derniers jours, elle est montée d’un cran et risque de tourner au vinaigre si rien n’est fait pour calmer le jeu.
La situation est tendue au niveau du législatif où mouvanciers et opposants déguisés se livrent une guerre ouverte, pour des raisons politiciennes. Face à cette situation préjudiciable à la cohésion sociale et à l’unité nationale, la mise en place d’un cadre formel de dialogue s’impose.
Fondamentalement, c’est l’absence d’un cadre formel de discussion entre mouvanciers et opposants non déclarés qui vicie les relations à l’Assemblée nationale. Dans d’autres pays, ce cadre de concertation existe et vise à promouvoir le dialogue politique. C’est fréquent de voir dans ces pays, des personnalités qui ne parlent pas forcément le même langage politique autour d’une table de franche négociation. Le dialogue entre acteurs politiques ne devrait pas intervenir seulement quand la République est en danger.
A tout moment, il faut le prioriser, car de ce dialogue, sortent toujours de bonnes résolutions pour faire avancer les choses. Mais lorsqu’il n’existe pas ou lorsqu’on fait semblant de l’engager, les conséquences sont désastreuses. Et c’est à peu près la situation qui prévaut actuellement au Bénin où les hommes politiques s’entredéchirent sur des inanités. Il faut donc y remédier très rapidement pour décrisper la tension en cours. Le Chef de l’Etat est appelé à créer ce cadre formel de dialogue pour arrêter l’élan « dangereux » de ses opposants, qui ne veulent pas lui faire de cadeau. Si ce cadre existait, il faut alors le consolider et l’actualiser.
La promulgation du décret d’application de la loi portant organisation et fonctionnement de l’opposition au Bénin viendrait certainement apaiser les esprits surchauffés. Car dès qu’on aura une opposition dynamique et responsable, c’est sûr que la qualité des débats au parlement va changer. Somme toute, beaucoup de choses restent à faire pour venir à bout de la crise politique qui secoue le Bénin.
Mouvanciers et opposants doivent jouer le rôle qui est le leur pour assurer le retour à la normale de la situation. Le Président de la République, en tant que Père de la Nation, doit aussi jouer sa partition, prouver encore une foi sa volonté politique, afin de ramener les uns et les autres en de meilleurs sentiments. A l’heure actuelle, le Bénin n’a pas besoin d’une quelconque crise. C’est plutôt l’union sacrée de ses fils et filles autour de son émergence qui doit être désormais au centre de tous les débats. Il faut donc agir vite avant qu’il ne soit trop tard.
La goutte d’eau…
L’Assemblée nationale est entièrement paralysée depuis plusieurs mois et les activités du gouvernement tournent parfois au ralenti, parce que n’ayant pas le soutien du parlement. Visiblement, les députés réunis au sein du bloc G13, G4 et Force clé sont résolument décidés à rendre le pays ingouvernable. Chaque jour que Dieu fait, ils font preuve d’ingéniosité pour noyer les efforts du gouvernement. Incapables de s’assumer sur l’échiquier politique national, les "G" et les "F", même s’ils font des efforts considérables pour préserver les acquis de notre jeune démocratie, ont le dos au mur.
Ne pouvant plus avancer face au dynamisme du Dr Boni Yayi, ils jouent désormais à la prolongation. Leur seule arme : le chantage. Ils sont beaucoup plus préoccupés par leurs propres intérêts que ceux des paisibles populations qui commencent par se méfier d’eux. Et face à cette machine de destruction massive, les députés Fcbe et autres leaders de la mouvance présidentielle n’arrivent pas à trouver le chemin idéal pour contrer leurs velléités offensives.
C’est vrai qu’ils jouent leur rôle pour sauvegarder leur place au sein du parlement, mais il reste à faire pour changer l’ordre des choses. Devant l’organisation inédite de l’opposition non déclarée, ils n’arrivent pas à s’imposer dans le jeu politique.
C’est pour ainsi dire que la classe politique nationale est divisée et doit se réconcilier avec elle-même.
L’avenir du Bénin en dépend.
Léonce HOUNGBADJI