L'expérience est le nom que chacun donne à ses erreurs
Léonce Houngbadji
Le Bénin a célébré hier la Journée Internationale de la Paix. Les manifestations officielles ont été parrainées par le Programme des Nations Unies pour le développement (Pnud) et le Haut commissariat pour la gouvernance concertée. Le collectif des partis politiques de l’Union fait la Nation (Un) voit d’un très mauvais œil la commémoration avec faste de cet événement. Dans une lettre de protestation datée du 18 septembre 2009 adressée à Madame le Représentant Résident du Pnud-Bénin, l’Un a fait le procès du régime du Changement. Mais à l’analyse, on se rend compte qu’elle aurait dû se taire. Se basant sur des prétendues violations constantes des lois de la République, l’opposition estime que le Pnud ne devrait pas donner sa caution à une telle manifestation qui, selon elle, donnerait l’impression que le Bénin vit dans un climat apaisé. « La célébration que le gouvernement fait couvrir par l’aura et la crédibilité de votre institution, servira sans aucun doute à faire une campagne promotionnelle des intentions pacifiques qu’il n’a pas, enverrait dans l’opinion nationale et internationale l’image que le Bénin est dirigé par des personnalités pacifistes, ayant le sens du fair play, du consensus, recherchant la paix et travaillant pour la concorde nationale », a-t-elle déclaré dans sa lettre.
« Comment peut-on envisager la célébration de la Journée Internationale de la Paix et mettre en grande vedette le Président de la République, sans avoir à l'esprit la gestion catastrophique des élections municipales, la prise en otage des communes et la manipulation par voie contentieuse des résultats sortis des urnes ? Pourrait-on faire croire à notre peuple qu'est désormais homme de paix, un citoyen qui, bien qu'investi des plus hautes charges de la République, fait constamment obstruction et barrage à l'application de la loi ? », s'est-elle demandée. Antoine Idji Kolawolé et les siens ont même osé en allant jusqu'à affirmer que « la Cour constitutionnelle a également été victime de l'unilatéralisme, de l'absolutisme et de l'absence de fair play de l'équipe au pouvoir ». Bref, l'opposition a saisi cette occasion pour faire encore le procès du pouvoir.
A l'analyse, on se rend compte aisément que cette correspondance n'a pas sa raison d'être, en ce sens que la paix est un comportement qui doit être promu à tout instant. C'est heureux que l'Un elle-même ait dit qu'elle adhère à toutes initiatives visant à préserver à tout prix la paix et à prévenir les troubles sociaux et les conflits dans le pays. Toutefois, elle a manqué une bonne occasion pour se taire. Elle aurait dû tout simplement se la boucler, car pensant vouer aux gémonies le Chef de l'Etat et ses partisans, elle s'est discrétisée et ridiculisée aux yeux de l'opinion internationale, qui apprend désormais à mieux connaître son vrai visage. Sinon comment peut-on protester contre la célébration d'une journée internationale de la paix dans son propre pays sous prétexte que les autorités politiques en place bafoueraient allègrement les textes fondamentaux. Comme elle-même l'a si bien dit dans son courrier, « le Bénin sacrifie à une tradition internationale et donne par ces festivités la preuve de son attachement à la paix que les Béninoises et les Béninois ont plutôt promu, cultivé et sauvegardé depuis les assises de l'historique Conférence des Forces Vives de la Nation de Février 1990 ».
La célébration de cette fête a été décidée au plan international par les Nations Unies. Ce n'est donc pas le Bénin qui l'a instituée. Etant membre actif au sein de l'Onu, il est obligé de la fêter. Dire aujourd'hui que le Pnud, qui est une institution des Nations Unies, ne doit pas donner son cachet spécial à la fête parce que le Chef de l'Etat gérerait très mal le pays, c'est faire pouffer le peuple, amuser la galerie. En quoi cette fête est-elle une «option folklorique et hypocrite » ? En réalité, l'opposition a perdu toutes ses marques, parce que n'ayant plus de sujets pour pouvoir critiquer le pouvoir. A moins de deux ans de la présidentielle, nous assistons malheureusement à un jeu puéril de l'opposition en lieu et place de vrais débats d'idées sur des sujets préoccupants de la Nation. En tout cas, le peuple béninois et la communauté internationale ne sont pas dupes.