L'expérience est le nom que chacun donne à ses erreurs
Léonce HOUNGBADJI
Les élections sont des opérations très complexes et souvent mal organisées au Bénin. Elles constituent des virus à hauts risques pour le pays. Les cacophonies électorales observées depuis le renouveau démocratique sont les conséquences directes de l’absence d’une Liste Electorale Permanente Informatisée (Lepi). Face aux enjeux électoraux de 2011, ce système reste la seule voie du salut. Malheureusement, les députés de l’opposition, hormis ceux de la Rb, sont en train de bloquer le processus de sa mise en œuvre effective.
La Commission nationale politique de supervision de la Lepi (Cnps/Lepi) est déjà installée. Mais ses structures décentralisées peinent à démarrer réellement leurs activités sur le terrain. Et pour cause, les députés de l’opposition parlementaire, sauf ceux de la Renaissance du Bénin (Rb), hésitent à désigner leurs représentants devant siéger au sein des Commissions communales de supervision et dans d’autres structures. La session extraordinaire parlementaire convoquée récemment à cet effet n’a pas contrait ces députés à lâcher du lest. Même les multiples appels du Chef de l’Etat. Au cours d’une émission télévisée ce samedi, le président de la République avait invité les députés qui traînent encore les pas à revoir leur copie, afin de permettre à la Commission politique de supervision de la Lepi de faire pleinement et convenablement son travail. Mais rien n’y fit. La Lepi est toujours dans l’impasse, car sans la mise en place de ces structures, il sera très difficile de la réaliser pour le compte des prochaines élections. Face à cette situation, les députés retardataires, notamment ceux du Psd, Prd, Madep, G13 et Force Clé, sont appelés à déposer la liste de leurs représentants dans les Ccps/Lepi. Une session extraordinaire sera alors ouverte pour connaître essentiellement de ce dossier. De toutes les façons, pour l’instant, on peut affirmer sans risque de se tromper que ces députés ne veulent pas de la Lepi. Sinon, ils ne seraient pas en train d’hésiter autour de la question. Il y a un délai pour réaliser la Lepi. Après quoi il ne sera plus possible de sécuriser le fichier électoral pour 2011. Or, pour ce même projet, le Chef de l’Etat s’est déplacé à deux reprises à Bruxelles pour convaincre les partenaires au développement à l’aider à le matérialiser. Mais ses adversaires politiques semblent décider à ne pas lui faciliter la tâche. Ce qui est sûr, « 2011 sans la Lepi, c’est du feu », annonce certains politologues. La société civile et autres acteurs de développement doivent donc mettre la pression qu’il faut sur ces hommes politiques, en vue de les contraindre à permettre à leur collègue Epiphane Quenum à faire correctement son boulot.
Grâce à la Liste Electorale Permanente Informatisée (Lépi), la fiabilité et la transparence des élections deviennent une réalité patente, puisque les marges réservées à d’éventuelles fraudes sont infiniment petites. L’apurement de la liste électorale à la veille de chaque scrutin devient plus facile. Les inscriptions d’électeurs fictifs ou même décédés, qui constituent les moyens de fraude les plus utilisés dans le pays, seront indubitablement maîtrisées dans leur quasi-totalité. En réalité, la Lépi constitue une étape déterminante dans la création d’une base de données biométriques pour la modernisation du fichier général des électeurs. Mieux, chaque citoyen majeur pourra disposer d’une carte d’électeur biométrique comportant sa photo et son empreinte digitale qui sont des références infalsifiables. Des pays comme le Togo, le Burkina Faso et le Bengladesh ont déjà expérimenté avec succès ce système. Au Burkina Faso, par exemple, on parle de Système Informatisé de Gestion du Processus Electoral (Sygape). C’est un logiciel hautement sécurisé qui est fermé et n’est accessible qu’aux personnes habilitées à accéder aux bases de données, et ce pour éviter la manipulation du fichier électoral par des individus aux intentions malveillantes. Au Bénin, le projet de cette Lepi existe depuis plusieurs années déjà, mais n’a jamais connu un lendemain meilleur, du fait de la volonté des acteurs politiques : le blocage du processus d’établissement est une manœuvre politicienne qui vise à perpétuer la fraude électorale dans le pays. Le gouvernement en place est décidé à changer l’ordre des choses. Il entend organiser les présidentielles et législatives 2011 sous la base d’un fichier électoral modernisé. Le processus est amorcé depuis 2006 avec la délivrance des jugements supplétifs aux citoyens qui n’en possèdent pas encore. Récemment, le rapport provisoire sur l’actualisation de la Lepi a été restitué aux divers acteurs sociopolitiques. C’est dire que la concrétisation de ce vieux projet tient beaucoup à cœur au gouvernement. Le Chef de l’Etat et son équipe jouent déjà leur partition. Il ne reste que celle de la classe politique pour que les joutes électorales de 2011 s’organisent mieux plus que par le passé. C’est l’engagement ferme et sincère des acteurs qui interviennent à tous les niveaux du processus qui est donc recherché. Chaque acteur de la chaîne doit faire ce qui est en son pouvoir pour que la phase pratique de la Lepi démarre très rapidement.