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L'expérience est le nom que chacun donne à ses erreurs

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28 JUILLET 1989 - 28 JUILLET 2009 : Il y a 20 ans, Robert Dossou et René Ahouansou lançaient le processus de démocratisation

    
             
     
Elus commissaires du peuple à l’Assemblée nationale révolutionnaire pour le compte de l’Université nationale du Bénin, Robert Dossou et René Ahouansou n’ont pas hésité à jeter la pierre dans la «mare révolutionnaire» à l’issue d’une audience avec le président Mathieu Kérékou, le 28 juillet 1989. 20 ans après, l’Autre quotidien vous propose la transcription de cette interview historique recueillie par «La Voix de la révolution».      
     

   A l’ORTB :

 Robert DOSSOU (répondant à la question de l’ORTB sur l’objet de la visite au Chef de l’Etat)

    En notre qualité de commissaires du peuple, nous avons tenu à le rencontrer, avant l’installation de l’Assemblée Nationale Révolutionnaire. Nous sommes partis de cette constatation que la situation économique et financière actuelle du BENIN est tout à fait décrépite et qu’un programme d’ajustement structurel est mis en place. Le succès de ce programme implique un certain nombre de mesures, et nous avons été nous ouvrir à lui, d’un cadre d’ensemble de notre programme pour que, lorsque nous commencerons notre travail sur ce front, ça ne heurte pas, que ça ne surprenne pas. Il y a d’abord la question des exilés volontaires, il y a ensuite le problème de certaines grâces et des libertés. Il y a enfin le problème de la démonopolisation de la vie politique en République Populaire du Bénin.

   ORTB : Quelle a été la réaction du Chef de l’Etat?

   Robert DOSSOU : Il a dit que nous devons être libres et que toutes les propositions seront les bienvenues, et que l’essentiel c’est d’apporter sa contribution pour que le pays puisse avancer. Nous avons saisi l’occasion pour aborder le problème des enseignants qui ont été frappés par les mesures prises en Conseil Exécutif National le Mercredi dernier; là-dessus, je crois que le débat se poursuivra.

   ORTB au Prof AHOUANSOU René: Vous avez pris part à cette entrevue avec Me DOSSOU Robert, alors est-ce que vous avez une déclaration à faire à la presse nationale ?

   AHOUANSOU René: Une déclaration, non, disons que je ferai peut - être état de mes préoccupations - mes préoccupations qui sont d’ordre politique. La situation en ce moment est assez crispée, tendue. Vous avez vu que dans la fonction publique ça ne marche pas, nous avons demandé au Président de la République de prendre une mesure spectaculaire pour décrisper la situation, et il serait temps nous croyons, après un certain nombre d’années, 15 ans de Révolution socialiste, qu’on change de discours politique, que l’on ouvre le jeu politique; les sensibilités ne sont pas les mêmes, pour que toutes les sensibilités puissent participer au débat national; parce que ceux qui sont socialistes, marxistes ils le sont, ceux qui ont une autre tendance politique, ceux qui ont d’autres sensibilités se sentent exclus du débat national. Tous doivent pouvoir participer à ce combat pour le développement et c’est un combat qui est économique, un combat qui est également politique. Il ne faut pas que le pouvoir politique qui existe confisque le discours politique et nous le disons avec assurance et conviction que le salut pour nous c’est que toutes les sensibilités se sentent concernées et prennent part, une part active, si non il y aura des exclus et ces exclus seront les mécontents; les mécontents ne pourront pas participer au jeu politique, ils participeront d’une autre manière, et on aura des confrontations sociales, ce qu’il faudra éviter.

   ORTB: Professeur, Est-ce à dire que le salut de notre pays passe par le multipartisme ?

    AHOUANSOU René: J’ai été formé à l’Université française et éduqué dans le système parlementaire britannique. Tout le monde n’est pas d’accord avec le parti au pouvoir, à moins que ce parti ne représente toutes les sensibilités, ce qui n’est pas possible puisqu’on est parti de quelque chose, parti pour défendre certains intérêts. A moins que ce soit vraiment un parti qui fasse l’unanimité, ce qui n’est pas possible, ce qui n’est jamais arrivé, il faudrait que s’il y a un parti au pouvoir, il y ait un parti d’opposition qui contrôle l’action du gouvernement et propose une autre alternative, parce que le pouvoir en place a sa politique qui peut échouer comme ça peut également réussir, si ça réussit tant mieux mais si ça échoue il faudrait qu’il y ait un recours, et le recours ne peut être que l’opposition. Un même parti qui est au pouvoir ne peut plus faire deux politiques de suite qui soient totalement différentes, si vous voulez faire du socialisme, faites du socialisme parce que vous y croyez et si vous échouez clans le socialisme, passez à autre chose; mais ce n’est pas vous qui allez passer à autre chose, la nation passe à autre chose avec une autre équipe qui est convaincue d’une autre solution, qui est convaincue d’une autre démarche, d’une autre approche; donc les mêmes qui ont essayé un remède ne peuvent pas, parce qu’ils n’y croient pas, tenter d’en essayer un autre, ce n’est pas sain, ce n’est pas honnête. - Vous avez demandé si je crois au multipartisme, j’ai été éduqué dans le système parlementaire britannique et il faut EFFECTIVEMENT QU’IL Y AIT UN DEBAT POLITIQUE, POUR AVOIR UN DEBAT IL FAUT ETRE DEUX. ON NE PEUT PAS DEBATTRE TOUT SEUL.

    L’opposition de système où il y a plusieurs partis permet une plus grande efficacité de l’action gouvernementale - mais bien sûr nous avons connu en Afrique le multipartisme sur la base du tribalisme. Ce n’est pas ce que nous proposons, c’est un débat idéologique, un discours politique différent et des discours économiques également différents. Ce n’est pas la peine d’avoir deux partis si le discours économique doit être le même, si le discours politique aussi doit se superposer à l’autre donc dans cette concurrence pour rester au pouvoir, les partis se doivent d’être efficaces et l’efficacité entraînant nécessairement la production de richesses, de biens de consommation et tout cela. L’Afrique a commis le tord et cela c’est une faute historique, nous n’avons pas une classe politique nombreuse, ce sont les mêmes idées, nous avons les mêmes préoccupations. L’Afrique a commis le tord je crois mais cela s’explique comme je l’ai dit; d’avoir institué le parti unique, vous avez vu là où nous en sommes ? Tous les pays sont confrontés à ces problèmes que ce sont les mêmes personnes qui sont au pouvoir depuis 20 ans, depuis 30 ans, toujours les mêmes politiques, pour certains ça réussit pour d’autres, les pays qui ont de ressources ça réussit. Ceux qui n’ont pas de ressources ils sont là à tourner en rond ; ça ne veut pas dire que: avoir deux partis cela conduit nécessairement au succès il faut quand même qu’il y ait de l’ honnêteté et de la compétence dans la gestion des affaires publiques et quand il n’y a pas ça, évidemment on peut tourner en rond, on peut avoir autant de partis que l’on veut on aura toujours l’échec en face de soi, ce qu’il faut c’est qu’il y ait la compétence pour arranger les affaires.

   ORTB: Quelle a été la réaction du Chef de l’Etat face à cette proposition?

   AHOUANSOU René: Nous avons fait un certain nombre de propositions mais nous n’allons pas entrer dans les détails; ce que j’ai remarqué c’est que le Chef de l’Etat a été très intéressé par ce que nous avons dit; II nous a écoutés très attentivement et quand il a pris la parole il nous a expliqué lui aussi sa vision des choses et je crois que lui et nous - nous nous sommes compris. La proposition que nous lui avons faite à laquelle Me DOSSOU a fait allusion tout à l’heure il en a pris note, mais il nous a demandé d’en prendre l’initiative. Nous voulions que ce soit lui qui en prenne l’initiative. Il demande que nous présentions ce que nous avons à proposer à la prochaine session de l’Assemblée Nationale Révolutionnaire.

   ORTB à Me Robert DOSSOU : En votre qualité de commissaire du peuple à l’ANR, pensez-vous que le peuple Béninois peut sortir des difficultés qu’il traverse en ce moment?

   Robert DOSSOU: NOUS, NOUS SOMMES CONVAINCUS QUE SI A LA LIBERALISATION DES STRUCTURES ECONOMIQUES ACTUELLEMENT EN COURS DANS NOTRE PAYS, NE CORRESPOND PAS, NE REPOND PAS UNE LIBERALISATION AU PLAN DES SUPERSTRUCTURES AU PLAN INSTITUTIONNEL ET POLITIQUE NOUS NE NOUS EN SORTIRONS PAS. Pour une raison simple: pour qu’on s’en sorte il faut que tous les Béninois se regroupent, se réunissent et s’engagent pour qu’on s’en sorte. Mais si la vie politique demeure monopolisée il n’ y aura pas la foi de la part de tout le monde, c’est une leçon scientifique que l’histoire nous donne; nous devons courageusement reconnaître qu’un seul parti ne peut plus monopoliser la vie politique en République Populaire du Bénin et il faut que des gens le disent. Nous avons conscience, en faisant cette démarche aujourd’hui, en faisant cette déclaration aujourd’hui que nous jetons une pierre dans une certaine marre et ce geste va faire des vagues. Nous avons conscience que certains caciques voudront répercuter ces vagues sur nous mais il faut tout de même jeter cette pierre là et c’est un débat que nous ouvrons, c’est un débat que nous poursuivrons d’une manière réaliste sur tous les fronts où nous avons le privilège d’opérer.

   ORTB: En tenant compte de la situation difficile que traverse notre pays, des difficultés que vous connaissez, le retard dans le payement des salaires - Pensez-vous que cette proposition vient à point nommé?

   Robert DOSSOU : Nous sommes convaincus que cette proposition vient à point nommé à la condition que, nous avons abordé ce chapitre avec le Chef de l’Etat, à la condition que les mesures du genre de ce qui a été décidé par le Conseil Exécutif National ne se multiplient pas. PARCE QUE UN ENFANT QUI A FAIM, IL PLEURE, ET LORSQUE L’ENFANT QUI A FAIM PLEURE, SI LE BIBERON N’EST PAS PRET ON LE CONSOLE EN ATTENDANT QUE LE BIBERON SOIT PRET POUR QU’ON LUI DONNE, ON NE LE FRAPPE PAS ET C’EST CE QUI EST ARRIVE LE MERCREDI DERNIER. Dans notre conviction, nous souhaiterions que de telles mesures ne se répètent pas nous l’avons dit au Chef de l’Etat et il a été compréhensible mais il n’a pris aucun engagement là-dessus. Voilà ce que nous pensons. Il faut que les hommes se sentent libres pour pouvoir s’engager et s’ils ne se sentent pas libres pour s’engager, ils ne s’engageront pas. Et si les hommes ne s’engagent pas, on ne met pas les hommes dans les conditions nécessaires pour qu’ils s’engagent, eh bien, nous allons avoir un premier P.A.S. et puis en bout de course on va faire le point, on ne va pas s’en sortir puis on aura un 2éme P.A.S. puis un 3ème et puis un 4ème et jusqu’à quand? C’est nous qui pouvons construire notre pays. Les aides extérieures ne sont que des aides extérieures. C’est nous mêmes qui allons faire le travail, mais si nous mêmes, nous ne sommes pas mis dans les conditions nécessaires pour faire avancer notre production, faire avancer notre organisation sociale, ni la Banque Mondiale, ni le FMI, aucun organisme, ni personne ne fera le développement en nos lieux et places. Voilà pourquoi nous avons décidé de nous attaquer à ce que nous estimons de très bonne foi, ce que nous estimons sincèrement comme étant des conditions préalables à l’engagement des hommes. Mais le discours que nous tenons ouvertement va heurter des gens; nous, on n’est pas des comploteurs, ni lui, ni moi, et je sais que des gens peuvent aussi interpréter parce que nous avons toujours des exégètes, n’est-ce pas qui diront ah ! ils ont déclaré qu’ils ont vu le Chef de l’Etat pour le multipartisme, ça c’est les comploteurs, ça c’est les contre révolutionnaires, ça c’est ceci, ça c’est cela, ce discours aussi doit être garé. CETTE MANIERE D’ETIQUETER LES GENS TRES FACILEMENT DOIT ETRE GAREE que chacun se comprenne comme l’a dit mon collègue AHOUANSOU tout à l’heure. Les sensibilités sont multiples, ni lui, ni moi, nous ne sommes membres du parti au pouvoir, mais nous avons nos sensibilités, nous sommes pleins de bonne volonté, nous sommes des patriotes, nous aimons notre pays, nous estimons que des sensibilités différentes des nôtres peuvent aussi aimer notre pays, les conditions doivent être créées pour que tous ensemble nous fassions de notre pays le BENIN un grand pays qui puisse évoluer dans la suffisance alimentaire et où chacun puisse se sentir bien.
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