L'expérience est le nom que chacun donne à ses erreurs
Les responsables des centrales syndicales projettent, dès ce jour, une grève de 48 heures suivie jeudi prochain d’une marche de protestation pour exiger du gouvernement la satisfaction de leurs diverses et multiples revendications. Mais déjà, hier, ils avaient rencontré quelques ténors et leaders politiques de l’opposition non déclarée. Ce fut une rencontre à huis clos dont les conclusions porteraient sur un plausible mouvement d’ensemble, les prochains jours, pour barrer la voie au Chef de l’Etat pour l’échéance présidentielle de 2011.
Par : Arsène AMETOYONA
Un nouveau complot en perspective entre les responsables syndicaux et les partis de l’opposition non déclarée ? Trop tôt de répondre par l’affirmative. Mais de près, c’est l’impression qui se dégage de la rencontre à huis clos qui a réuni les deux (2) parties. Comme de très bons partenaires, ils auraient fait le tour d’horizon de la situation actuelle, en l’occurrence la fronde sociale. A cet effet, ils auraient échangé autour du débrayage qui a d’ailleurs démarré dès ce jour au sein de l’administration publique pour 48 heures. Pour justifier le débrayage « illégal », Pascal Todjinou, secrétaire général de la Confédération générale des travailleurs du Bénin (Cgtb) a récemment précisé, lors d’une sortie médiatique, qu’il s’inscrit dans le cadre de la lutte pour la liberté d’expression et la marche vise à exiger du gouvernement la satisfaction des revendications des travailleurs. Pour le compte du tête-à-tête, divers plans seraient discutés entre les responsables syndicaux et les leaders politiques, se réclamant de l’opposition. Si rien n’a filtré officiellement de leur entrevue, il reste qu’elle cache beaucoup de non-dits. On se rappelle encore des dernières grognes des travailleurs, en l’occurrence des paramédicaux au sujet de la prime de motivation. Des sit-in, marches et grèves ont été organisés par les travailleurs pour forcer la main au gouvernement. Et comme cela ne suffisait pas, ce sont les partis de l’opposition qui sont entrés dans la danse en appui aux secrétaires généraux des confédérations et centrales syndicales. La suite est connue de tous. S’achemine-t-on vers une reprise du scénario ? A en croire certains, les responsables syndicaux et politiciens s’organiseraient pour barrer la voie au Président de la République en 2011. C’est d’ailleurs, le leitmotiv de la faction des G et F. Ce qui n’étonne guère pour des partis de l’opposition. Mais que des syndicalistes s’impliquent aussi fortement dans la politique au détriment des vrais intérêts des syndiqués et de la nation, on est en droit de s’inquiéter. On pourrait s’attendre, les prochains jours, à d’autres déballages et actions politiques visant à entraver l’élan du régime en place.
(Lire le communiqué du gouvernement)
Après la marche avortée du 21 juillet 2009 pour protester contre la mauvaise gouvernance dans le dossier CEN-SAD, les Organisations syndicales (Cstb, Csa, Cgtb, Cosi, Unstb et FESYNTRA-Finances) projettent d’observer" à compter du mardi 28 juillet 2009, un arrêt collectif de travail de 48 heures dans tous les secteurs pour « exiger du Gouvernement le respect scrupuleux des libertés démocratiques et syndicales ».
Ces mouvements de protestation ont été décidés malgré une séance d’information tenue par le Chef de l’Etat avec les responsables de ces organisations syndicales et en dépit de ce qu’une Commission indépendante est actuellement à pied d’œuvre pour approfondir les investigations et clarifier les responsabilités de tous les tenants et aboutissants de cette situation de mauvaise gestion déplorée par tous. Face à une telle obstination, le Gouvernement tient à souligner le caractère illégal, illégitime et inutile de ces mouvements de protestation qui n’ont pas pour but la défense des intérêts matériels et moraux des travailleurs qui ne sont nullement menacés.
L’illégalité, l’inutilité et la fantaisie sont d’autant plus manifestes que cette marche et cette grève veulent défoncer une porte déjà ouverte, à savoir protester contre la mauvaise gestion du dossier CEN-SAD qui a déjà fait ou fait encore l’objet :
d’investigation par l’Inspection Générale d’Etat ordonnées librement par le Chef de l’Etat ;
d’enquêtes supplémentaires pour mieux situer les responsabilités en vue des sanctions disciplinaires et poursuites judiciaires à engager contre les personnes reconnues fautives.
En raison de ce qui précède, et parce que seul le travail est créateur de richesses et porteur de développement économique et social, le Gouvernement lance un appel à tous les travailleurs des Administrations et Entreprises Publiques épris de démocratie, de droit, de justice et de paix, à faire preuve de discernement et à se démarquer nettement du syndicalisme politique et partisan en se rendant normalement à leurs services.
Des dispositions seront prises par l’Etat pour garantir aux travailleurs l’accès à leurs lieux de travail ainsi que leur sécurité. En tout état de cause, le Gouvernement met en garde les Agents de l’Etat et les travailleurs des Entreprises Publiques contre leur participation à cette grève illégitime et illégale qui donnera lieu à une retenue systématique sur les traitements et salaires pour les jours non ouvrés pour fait de grève.
Des instructions fermes sont données à tous les Ministres et au Ministre de l’Economie et des Finances en particulier, ainsi qu’aux Directeurs Généraux des Entreprises Publiques pour procéder à la source aux défalcations qui s’imposent le cas échéant.
Le Gouvernement prend l’opinion nationale et internationale à témoin et demande aux citoyens béninois de lui faire confiance dans sa croisade contre la corruption dont il a hérité. Il renouvelle son appel à la population en général et aux syndicats en particulier, à cultiver le patriotisme, le sens aigu de responsabilité, l’esprit de discernement et l’intérêt national, en lieux et places des intérêts individuels, égoïstes et partisans.
Cotonou, le 27 juillet 2009
Le premier secrétaire général Adjoint du gouvernement
Ibraïma Soulémane