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L'expérience est le nom que chacun donne à ses erreurs

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Dossier/ Désertification et restauration des terres : Protéger l’environnement tout en créant la richesse


Les forêts classées, les zones cynégétiques et les parcs nationaux, véritables sources de richesse, croupissent actuellement sous le poids de la pression humaine. Ils sont menacés de désertification avec des conséquences néfastes sur l’environnement. Pour corriger cette donne écologique peu reluisante, il faut alors de nouvelles politiques offensives et des idées novatrices de reboisement afin de régénérer le patrimoine forestier béninois et restaurer les terres dégradées.

 

Le Bénin, en dépit de sa position géographique apparemment favorable, n’est pas un pays forestier au plan de sa végétation comme certains pays côtiers tels que la Côte d’Ivoire, le Ghana et le Nigeria. Il y a lieu de sauvegarder ce maigre patrimoine forestier visiblement menacé. A cet effet, le gouvernement de la colonie du Dahomey, depuis les années 1940, 1950, a procédé au classement de 58 massifs forestiers pour une superficie d’environ 26.000 km2, soit 21% du territoire national répartis comme suit : 46% de forêts classées pour 1.303.043 hectares ; 2 parcs nationaux pour 777.600 hectares ; 3 zones cynégétiques pour 580.000 hectares ; 7 périmètres de reboisement pour 4.162 hectares. L’accès à la terre étant difficile, des superficies importantes sont défrichées annuellement pour l’agriculture, la chasse, l’élevage et autres à l’intérieur de ces massifs forestiers. La forêt classée de la Lama sud reste et demeure un exemple édifiant.


L’influence de l’homme sur la nature

 

A la fin de la matinée du vendredi 6 juillet 2007, cette forêt logée au cœur de la commune de Toffo et abritant le Centre de formation professionnelle du personnel forestier (Cefpf), accueille une forte délégation du ministère de tutelle, des responsables à divers niveaux de la Direction générale des forêts et des ressources naturelles (Dgfrn) ainsi qu’un groupe de journalistes. C’était dans le cadre de la cérémonie de sortie officielle des sous-officiers gardes forestiers et des sous-officiers contrôleurs des eaux et forêts. Outre l’aspect solennel de l’événement qui a mobilisé tout le corps forestier, on a été marqué par les espèces en présence : Acacia auriculiformis (Acacia), Eucalyptus camaldulensis (Eucalyptus), Tectona grandis (Teck), Terminalia superba (Fraké), Khaya senegalensis... Plus loin, une vaste étendue de pépinières qui attend d’être exploitée. Des troncs d’arbre coupés anarchiquement sont disposés tout le long de la voie en terre rouge. On a constaté par endroits des zones clairsemées avec des dépôts de cendre, preuve que les feux de brousse sont passés par là. En effet, il s’agit là d’une des menaces qui guette constamment la forêt de la Lama sud. Deux (2) ans plus tard, on constate que la situation n’a guère évolué. Des paysans riverains en quête d’espace, y font la culture itinérante sur brûlis, des espèces rares sont coupées clandestinement à des fins comestibles et même pour la vente frauduleuse par des exploitants non agréés. Ainsi de 16.250 hectares lors de la classification le 24 décembre 1946, cette forêt s’étend aujourd’hui sur moins de 10.000 hectares ; soit plus de 6.250 hectares en moins en raison des interventions sauvages et tous azimuts de l’homme. Ces pratiques peu orthodoxes qui violent les principes forestiers ne se limitent pas à la forêt classée de Toffo. Elles se sont généralisées et restent perceptibles dans d’autres forêts classées telles que les forêts classées d’Agrimè (2497 ha), Kétou (12255 ha), Dogo (29703 ha), Dassa-Zoumè (2028 ha), Atchérigbé (2444 ha), Savalou (3389 ha), Agorir (63382 ha), Toui-Kilibo (42367 ha), Tchaourou (1196 ha), Tchatchou (1908 ha), Bassila (2510 ha), Ouémé supérieur (127176 ha), N’dali (3832 ha), Pahou (765 ha)… Elles sont menacées devant des forestiers parfois impuissants au regard de leur effectif très limité. « Selon les études de la Fao en matière de protection des couverts végétaux, il faut un (1) agent forestier pour 10.000 hectares », a précisé le Colonel Dah Dovonon Z. Jean, chargé des recherches forestières à la Direction générale des forêts et des ressources naturelles. Ce qui, hélas, n’est pas encore le cas dans le contexte d’aujourd’hui, a-t-il précisé.


Menaces pesant sur le secteur forestier

 

La forêt représente une source de plantes comestibles, de gibiers, de poissons et un lieu d’agrément pour les populations. Elles y tirent des aliments naturels qui permettent de combler le déficit pendant les périodes de soudure. Ces populations majoritairement paysannes récoltent, fabriquent et commercialisent une série de produits forestiers ligneux et non ligneux pour y tirer de ressources. Les revenus complètent le revenu agricole et assurent les soins médicaux au sein des familles. La satisfaction de ces besoins en produits forestiers a des conséquences sur l’environnement en termes d’impacts sur les plantations. Les forêts classées souffrent à la fois du braconnage, du surpâturage, des feux de végétation et de la pénétration de certaines cultures. Les périmètres de reboisement classés subissent des pressions agricoles et des lotissements avec l’explosion démographique et l’extension des centres urbains. En terme de contraintes majeures, le recul forestier, la méconnaissance du potentiel forestier actuel, la faible intégration des populations dans la gestion des ressources forestières, la non application des lois forestières et la mauvaise gouvernance forestière caractérisée par la corruption et autres, agissent de façon néfaste sur l’environnement. Les interprétations erronées des textes relatifs à la décentralisation à savoir la responsabilisation des communes dans la gestion des ressources forestières, la mauvaise gestion de la faune, le manque de comptabilité et de transparence dans les entreprises d’exploitation forestière sont autant de menaces qui pèsent sur le secteur forestier et accélèrent le déboisement dans les forêts classées, les zones cynégétiques et même dans les parcs nationaux.


Impacts sur l’environnement

 

Les enquêtes précédemment réalisées dans le secteur forestier au Bénin relèvent l’existence d’une forte demande en énergie domestique : bois de feu. Cela représente une réelle opportunité d’investissement privé. A en croire le Colonel Dah Dovonon Z. Jean, dans les communes de Copargo, Djougou et Ouaké, la production à moyen terme de bois de feu devient impérieuse au regard du revenu très faible des populations n’ayant toujours pas accès au gaz domestique. C’est dire qu’entre-temps, la pression humaine sur les ressources en bois naturel a été très forte avec des conséquences fâcheuses sur l’environnement. La dégradation de ces massifs forestiers a dû occasionner l’encombrement des fleuves et rivière existant dans les périmètres immédiats, l’érosion de la zone, la disparition des forêts, la perte de la biodiversité (disparition des animaux, des espèces …). Des ressources forestières et animales de grande importance vont cesser d’exister et il sera difficile de les reconstituer. A preuve, dans la forêt classée de Kétou, confie le Colonel Dah Dovonon Z. Jean, il y a une espèce rare « Masonia » qui s’y trouve. Il s’agit d’un bois blanc très apprécié, mais qui malheureusement est en voie de disparition à cause de la pression humaine. Autres éléments importants, les pluies très vitales pour l’homme et les cultures se raréfient, les productions agricoles sont affectées dans leur croissance avec au finish de faibles rendements. Ce qui pourrait conduire à la famine si des mesures idoines ne sont pas prises. Les gaz à effet de serre deviennent persistants avec des risques de maladies. Les conséquences sont donc énormes non seulement sur l’environnement, mais également sur l’espèce humaine. Il va falloir envisager des actions de reboisement pour une gestion durable des ressources forestières.


Protection et régénération du patrimoine forestier

 

Face à ce tableau peu reluisant ainsi dressé du patrimoine forestier, la reconstitution de la faune béninoise reste une lutte de tous les jours. Des actions au départ éparses sont menées par diverses structures impliquées dans la protection et la régénération du patrimoine forestier. C’est le cas de l’Office national du bois (Onab) qui a entrepris une vaste campagne de reboisement de la Lama nord. Des espèces nouvelles sont introduites après des études sectorielles conduites par des spécialistes et chercheurs forestiers. A en croire le Colonel Théophile Kakpo, chef division protection de la nature à la Direction générale des forêts et des ressources naturelles (Dgfrn), les résultats enregistrés sont encourageants même si, par endroits, des efforts restent à faire. Un nouveau système cultural est envisagé, celui de la sédentarisation de l’agriculture. Selon les spécialistes de la question, cette stratégie permet d’immobiliser le paysan sur un espace cultivable évitant ainsi la culture sur brûlis, tout en augmentant la récolte. Dans un document élaboré à cet effet et qui porte sur la « Procédure et mode d’exploitation des ressources forestières : le devoir, le droit des usagers et rôle des élus », il est proposé la mise en œuvre des mesures et mécanismes portant sur la formation et la responsabilisation des populations et élus locaux par une clarification des droits sur les ressources naturelles et une définition de stratégie de leur utilisation durable. La finalité de cette proposition est d’accroître la contribution du sous-secteur forestier à l’économie nationale. Les acteurs et responsables forestiers y ont visiblement adhéré. « La sensibilisation, la formation et l’implication des élus locaux et populations riveraines dans la lutte contre la déforestation sont très importantes pour la sauvegarde du patrimoine forestier », a conseillé le Colonel Théophile Kakpo. La journée nationale de l’arbre instituée depuis 1985 au Bénin et la campagne nationale de reboisement qui sont des activités annuelles, permettent de parer à la situation de la désertification même si les résultats demeurent peu lisibles. Pour relever ce défi écologique, d’autres programmes de gestion, de protection et de régénération de la couverture forestière sont élaborés et en cours d’exécution grâce à l’appui du ministère de tutelle. En témoigne le Programme de gestion des forêts et terroirs riverains (Pgftr) conçu pour relancer et soutenir les institutions et les programmes de développement sectoriel en matière de gestion du patrimoine forestier classé de l’Etat et du domaine protégé. A côté du Pgftr, se trouve le Programme spécial de reboisement et de restauration des terres (Psrrt) impulsé par le président Boni Yayi. Il permettrait de protéger nos villes avec des rideaux verts, des arbres d’ombrage et de faire en sorte que les infrastructures à l’intérieur des principales villes bénéficient beaucoup plus des actions du reboisement. En termes clairs, il s’agira d’assainir et de verdir le cadre de vie des populations en faisant participer les populations à la reconstitution de l’environnement. Autant d’actions qui pourront se montrer positives dans le temps si très tôt, on met l’accent sur l’éco citoyenneté.


Réalisation : Serge-David ZOUEME

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