L'expérience est le nom que chacun donne à ses erreurs

La résolution relative à l’interpellation du Chef de l’Etat suite aux propos du ministre Fagnon à Dassa n’a même pas encore abouti que 30 députés de l’opposition non déclarée ont introduit hier à l’Assemblée nationale, une nouvelle demande d’interpellation du Chef de l’Etat au sujet de la gestion financière de la Sonapra dirigée à l’époque par l’actuel ministre des Travaux publics, Nicaise Fagnon. Ces députés agissant conformément aux articles 71 et 113 de la Constitution et 113 du règlement intérieur de l’Assemblée nationale demandent au président de la République de venir s’expliquer sur les irrégularités et dysfonctionnements constatés dans la gestion de M. Fagnon alors directeur général de la Sonapra.
(Lire les motifs de leur interpellation)
INTERPELLATION DU PRÉSIDENT DE LA RÉPUBLIQUE AU SUJET DE LA GESTION FINANCIÈRE DE LA SONAPRA
(Article 71 et 113 dc la Constitution du 11 décembre 1990)
Les Députés signataires de la présente interpellation, exposent que :
Le 13 février 2009, les Commissaires aux Comptes de la SONAPRA, agissant dans le cadre du décret n° 2007-229 du 31 mai 2007 et ayant notamment pour mission “le contrôle des états financiers annuels de la société” et “la vérification des informations spécifiques prévues par la loi”, ont adressé aux Administrateurs et la Direction Générale de ladite société, deux rapports - un rapport général sur les états financiers annuels, exercice clos le 31 décembre 2007
un rapport de recommandations, en application de l’article 715 de l’AUOHSC-GIE.
De la lecture de ces rapports, il ressort les irrégularités et anomalies suivantes
- 1. Existence dans les états financiers de comptes non probants : le contrôle interne des opérations de facturations, de réception des achats, de ventes de graine et de fibres de coton est jugé non satisfaisant ; la fiabilité et l’exhaustivité des enregistrements comptables ne sont pas garanties ; les informations retracées dans les comptes de tiers ne sont pas en accord avec les confirmations obtenues des clients et fournisseurs circularisés. Les principaux comptes de tiers concernés présentent les soldes ci-après au 31/12/2007, en F CFA :
*Fourisseurs, avances versées : 20 058 738 431
*Clients : 6 969 606 148
*Fourmsseurs d’exploitation : 11 212 519 710
- 2. Existence de créances fictives dans les états financiers : des agents non identifiés restent devoir des avances sur frais médicaux pour F CFA 98,7 millions
- 3. Existence dans les états de rapprochement bancaire de suspens non probants : fonds à encaisser pour F CFA 1,1 milliard non apurés ; fonds à décaisser pour F CFA 1,2 milliard non apurés ;
- 4. Non-respect du principe de la transparence : non respect du référentiel comptable en vigueur ; violation des règles fiscales et de sécurité sociale en vigueur dans notre pays ; des primes et indemnités de F CFA 214 millions ont été payées au personnel sans que les impôts (52,5 millions) et cotisations sociales (44,9 millions) y afférents n’aient été versés ;
- 5. Non-respect des disposition des articles 664 et 665 de l’OHADA : du fait de la mauvaise gestion, les pertes cumulées avoisinent 5 fois le capital social alors que la norme en matière du droit des sociétés veut qu’il y ait régularisation dès qu’il y a perte de plus de la moitié du capital social
- 6. Gestion approximative et hasardeuse de la trésorerie : sorties massives de fonds sans pièces justificatives probantes, sur la base, la plupart du temps, de signatures pour ordre ; utilisation abondante et anormale de bons de caisse provisoires ; paiements de prestations douteuses ou incombant normalement aux agents salariés ; absences répétées de signatures et de visas de contrôle ; absence des ordres de règlement de caisse ; etc. ;
- 7. Utilisation de comptes de charges fictives : des comptes de charges fictives ont été utilisés pour masquer et équilibrer des sorties de fonds en espèces non sous- tendues par des pièces justificatives probantes ;
- 8.. Utilisation de comptes et de libellés inappropriés : les experts ont relevé dans la balance provisoire, l’utilisation de comptes et de libellés inappropriés due la non- maîtrise du Système Comptable OHADA ;
- 9. Inexistence d’un manuel complet de procédures administratives, comptables, financières et commerciales : lacune fortement préjudiciable l’organisation interne de la Société. Les règles élémentaires de séparation de fonctions incompatibles ne sont pas respectées au sein de la SONAPRA)
- 10. Organigramme de la Direction Comptable et Financière incohérent : l’organigramme en vigueur favorise la confusion, les erreurs, les négligences, les malversations, les fraudes et leurs dissimulations ;
- 11. Gestion approximative et hasardeuses des frais de mission : existence d’importants écarts entre les montants prévus par l’Accord d’Etablissement et les montants octroyés aux mandataires ; paiement par la SONAPRA de certains frais de mission du Ministre de tutelle et du garde du corps du Directeur Général en violation des dispositions de l’Accord d’Etablissement ;
12. Existence de nombreuses insuffisances au niveau des directions opérationnelles suivantes : Direction de l’Audit et du Contrôle de Gestion (DACG) ; Direction de l’Informatique et de l’Organisation ; Direction de Passation des Marchés ;
13. Non production du rapport de gestion du Directeur Général adressé au Conseil d’Administration et au Gouvernement. En raison de ces manquements dans la gestion de la société, les Commissaires aux Comptes ont été unanimes pour conclure que (les comptes annuels de la SONAPRA ne sont pas réguliers et sincères et ne donnent pas une image fidèle du résultat des opérations ainsi que de sa situation financière et de son patrimoine à la fin de l’exercice 2007 ».
Les malversations et irrégularités financières dénoncées par les Commissaires aux Comptes sont révélatrices de la mauvaise gestion et de la mauvaise gouvernance qui caractérisent le régime dit du changement. Elles sont d’autant plus intolérables qu’elles affectent une société en charge de la promotion de la branche d’activités la plus stratégique de notre économie : l’agriculture. La plupart des irrégularités, dysfonctionnements et malversations révélés ont été perpétrés au cours des exercices 2006, 2007 et 2008, c’est-à-dite sous le régime dit du changement et sous la direction de M. Nicaise FAGNON qui, loin d’être sanctionné, a été au contraire promu Ministre des Travaux Publics.
C’est pour ces raisons que les Députés soussignés, agissant conformément aux prérogatives à eux reconnues par les articles 71 et 113 de la Constitution, et 113 du Règlement Intérieur de l’Assemblée Nationale :
• requièrent l’interpellation du Chef de l’Etat, Chef du Gouvernement et saisissent à cet effet le Bureau de l’Assemblée Nationale en séance publique (Art. 113-3 du Règlement Intérieur)
• requièrent que la présente demande soit examinée par le Bureau de l’Assemblée Nationale selon la procédure des questions d’urgence et inscrite à l’ordre du jour de la plénière (Art. 113-4 du Règlement Intérieur).
Ont signé
1. Venance GNIGLA
2. Léon Comlan AHOSSI
3. Amoudatou GBADAMASSI
4. Jean Baptiste EDAYE
5. Yacoubou MALEHOSSOU
6. Jocelyn DEGBEY
7. Désiré VODONOU
8. Dominique SOHOUNHLOUE
9. Nassirou BAKO-ARIFARI
10. Valentin Aditi HOUDE
11. N’da Antoine N’DA
12. Bruno AMOUSSOU
13. Georges BADA
14. Ismaël TIDJANI SERPOS
15- Adrien Houngbédji
16- Sehouéto Lazarre
17-Lodjou Jude
18 Issa Salifou
19- Ahouanvoèbla Augustin
20- Raphaél Akotègnon
21-Gbèdiga Timothée
22- Kakpo Kifouli
23 Zinsou Edmond
24 Houndété Eric
25 Hounnnou Clément
26 Sacca Fikara
27Ybatou Sanni Glèlè
28 Tchocodo Gabriel
29 Vlavonou Louis
30- Kolawolé Idji