L'expérience est le nom que chacun donne à ses erreurs
Le député du Parti du Renouveau démocratique(PRD) Raphaël Akotègnon a donné un point de presse hier au Palais des Gouverneurs de Porto-Novo. La non certification des comptes de la SONAPRA par les auditeurs légaux est le principal sujet sur lequel le député de l’opposition non déclarée s’est prononcé. Et pour cause, d’importantes irrégularités sur fond de grosses malversations émailleraient la gestion faite de cette société ces trois dernières années.
Par : Arsène AMETOYONA
Malversations financières et mauvaise gestion à la Société Nationale de Promotion Agricole (SONAPRA). C’est le plat de résistance du point de presse donné hier au Palais des gouverneurs de Porto-Novo par le député Raphaël Akotègnon du Parti du Renouveau Démocratique (PRD). Documents à l’appui, le parlementaire, financier de formation, dresse un tableau peu reluisant de la gestion faite par cette société d’Etat depuis le régime du changement. Une situation qui serait aggravée au cours de l’année 2007 par une mauvaise gestion des fonds de la société au point où les commissaires aux comptes, eu égard à l’ampleur des irrégularités constatées, ont refusé de certifier les comptes annuels arrêtés au 31 décembre 2007.’’ Ces comptes n’ont pu être examinés qu’au début de cette année 2009 au lieu de l’être au plus tard au 30 juin 2008, leur établissement ayant accusé un important retard injustifié’’, a martelé le député. Afin de permettre à la presse d’apprécier ce qu’il a appelé la gravité des anomalies et irrégularités qui sont devenues monnaie courante dans la gestion de cette importante entreprise d’Etat qu’est la SONAPRA, le député restitue quelques morceaux choisis tirés des révélations faites par les Experts :
1. Existence dans les états financiers de comptes non probants (le contrôle interne des opérations de facturations, de réception des achats, de ventes de graine et de fibres de coton est jugé non satisfaisant ; la fiabilité et l’exhaustivité des enregistrements comptables ne sont pas garanties ; les informations retracées dans les comptes de tiers ne sont pas en accord avec les confirmations obtenues des clients et fournisseurs circularisés) ;
2. Existence de créances fictives dans les états financiers (des agents non identifiés restent devoir des avances sur frais médicaux pour 98,7 millions) ;
3. Existence dans les états de rapprochement bancaire de suspens non probants (fonds à encaisser pour F CFA 1,1 milliard ; fonds à décaisser pour F CFA 1,2 milliard) ;
4. Non-respect du principe de la transparence (non respect du référentiel comptable en vigueur ; violation des règles fiscales et de sécurité sociale en vigueur dans notre pays ; des primes et indemnités de F CFA 214 millions ont été payées au personnel sans que les impôts et cotisations sociales y afférents n’aient été versés) ;
5. Non-respect des dispositions des articles 664 et 665 de l’OHADA (du fait de la mauvaise gestion, les pertes cumulées avoisinent 5 fois le capital social alors que la norme en matière du droit des sociétés veut qu’il y ait régularisation dès qu’il y a perte de plus de la moitié du capital social) ;
6. Gestion approximative et hasardeuse de la trésorerie (sorties massives de fonds sans pièces justificatives probantes, sur la base, la plupart du temps, de signatures pour ordre ; utilisation abondante et anormale de bons de caisse provisoires ; paiements de prestations douteuses ou incombant normalement aux agents salariés ; absences répétées de signatures et de visas de contrôle ; absence des ordres de règlement de caisse ; etc.) ;
7. Utilisation de comptes de charges fictives (des comptes de charges fictives ont été utilisés pour masquer et équilibrer des sorties de fonds en espèces non sous-tendues par des pièces justificatives probantes) ;
8. Utilisation de comptes et de libellés inappropriés (les experts ont relevé dans la balance provisoire, l’utilisation de comptes et de libellés inappropriés due à la non-maîtrise du Système Comptable OHADA) ;
9. Inexistence d’un manuel complet de procédures administratives, comptables, financières et commerciales (lacune fortement préjudiciable à l’organisation interne de la Société. Les règles élémentaires de séparation de fonctions incompatibles ne sont pas respectées au sein de la SONAPRA) ;
10. Organigramme de la Direction Comptable et Financière incohérent (l’organigramme en vigueur favorise la confusion, les erreurs, les négligences, les malversations, les fraudes et leurs dissimulations) ;
11. Gestion approximative et hasardeuse des frais de mission (existence d’importants écarts entre les montants prévus par l’Accord d’Etablissement et les montants octroyés aux mandataires ; paiement par la SONAPRA de certains frais de mission du Ministre de tutelle et du garde du corps du Directeur Général en violation des dispositions de l’Accord d’Etablissement) ;
12. Enfin de nombreuses insuffisances ont été relevées par les experts au niveau des directions opérationnelles suivantes : Direction de l’Audit et du Contrôle de Gestion (DACG) ; Direction de l’Informatique et de l’Organisation ; Direction de Passation des Marchés.
La bonne gouvernance promue par le président Boni YAYI bafouée à la SONAPRA
Depuis son avènement à la tête de l’Etat béninois, le président Boni YAYI a placé son action politique sous le signe de la bonne gouvernance. Dès les premiers mois de son investiture, il a engagé une croisade contre la corruption et a fait de l’assainissement des finances publiques une de ses priorités. La bonne gouvernance était érigée en principe sacro-saint du gouvernement. Mais depuis quelques temps la garde semble avoir baissé et les directeurs champions de la mauvaise gestion sont revenus à la charge. C’est vrai que Boni YAYI ne saurait rester derrière chaque ministre ou directeur de société d’Etat. Partout il y a des soupçons de malversations financières et de mauvaise gestion, l’Inspection Générale d’Etat doit y aller fouiner et sévir. Les loups se trouvent dans la bergerie du changement qui annihilent les efforts de bonne gouvernance impulsée par le président de la république. Boni YAYI se doit de nettoyer les écuries d’Augias.
Par : Bernadin MONGADJI