L'expérience est le nom que chacun donne à ses erreurs

Après plusieurs péripéties, la première session ordinaire de l’année 2009 a démarré hier, jeudi 23 avril, à l’Assemblée nationale dans sa phase pratique. La première plénière qui inaugure cette rentrée parlementaire, s’est penchée sur deux dossiers, notamment l’étude et l’adoption du rapport d’activités du président Mathurin Coffi NAGO au cours de la session écoulée et l’adoption de l’ordre du jour de la session qui vient de s’ouvrir. Si sur le second point tout est allé comme sur une roulette, le premier par contre a permis de prendre le pouls du Parlement au lendemain de plusieurs mouvements au sein des députés. En se neutralisant par 41 voix pour et 41 contre et une abstention sur l’examen du rapport d’activités de leur président, les députés ont donné hier à l’hémicycle la configuration actuelle au Parlement béninois en levant le voile sur la réalité des rapports de force. Ni vainqueur ni vaincu, les leçons de ce duel entre mouvance présidentielle parlementaire et le bloc de l’opposition sont révélatrices des enjeux de cette session au regard des dossiers inscrits à l’ordre du jour. Primo, l’état actuel des rapports de force montre qu’aucun des deux camps ne saurait pour le moment crier victoire ; il suffit d’un seul basculement pour que la majorité change de camp. Rosine Soglo qui s’est abstenue à l’occasion du vote du rapport d’activités du président Mathurin Coffi NAGO, se place en position d’arbitre, c’est-à-dire que c’est elle qui peut donner le sourire désormais à l’un ou à l’autre des deux camps antagonistes. Car en réalité, hier, la présidente de la Renaissance du Bénin avait la clé pour sauver Nago d’un ultime désaveu de ses pairs. D’une part ,elle a fermé les yeux sur le libertinage qui caractérise l’expression des votes au sein des députés de son parti à l’Assemblée nationale, en utilisant la procuration de son collègue Epiphane Quénum pour recaler le rapport de NAGO et en fermant les yeux, d’autre part, sur le geste de la députée Justine Chodaton qui serait par ailleurs très proche d’elle. C’est un jeu trouble qui permet d’entrevoir le rôle que la RB compte jouer au cours de cette session.
Secondo, la plénière d’hier lève le voile sur les démissions des députés Chabi Tokou Dari et Rachidi Gbadamassi et permet de voir leurs nouvelles destinations. L’ancien maire de Parakou lui, échoue dans la famille FCBE et le suppléant du ministre Alassane Séidou vole dans les bras du G13. La neutralisation des deux camps, à l’épreuve du vote, se comprend dès lors aisément à l’aune de ces transactions croisées. La mouvance parlementaire perd un député et en conquiert un autre. Même scénario pour le G13. Ce jeu trouble pourrait bien se poursuivre au regard de folles rumeurs qui annoncent de nouveaux départs d’une part au sein des G et d’autre part du côté des FCBE. Le moins que l’on puisse dire, c’est que ces mouvements ont des relents mercantiles et donnent une très mauvaise image de cette cinquième législature. L’holocauste de cette situation est bien Mathurin Coffi NAGO, président de l’Assemblée nationale dont le rapport d’activités fait les frais de cette crise politique. Lui-même est directement visé et si son fauteuil est jusque-là préservé, c’est qu’il bénéficie de la faveur de l’arithmétique qui ne permet pas à ses adversaires d’aller au bout de leur putsch parlementaire. Pour espérer sortir de cet étau, NAGO a besoin du bouclier du président de la république qui devra voler une fois encore à son secours. Cela passe par la maîtrise d’une majorité parlementaire stable sans laquelle l’opposition sera toujours un os dans sa gorge. Le jeu politique est trouble au Parlement ; il faut pour cela sauver NAGO.
Par : Bernadin MONGADJI