L'expérience est le nom que chacun donne à ses erreurs
Les investisseurs privés, aussi bien de l’étranger que du Bénin ont toujours émis quelques réticences à s’installer à cause de la concurrence déloyale que leur livre l’essence frelatée, communément appelée essence « Kpayo ». C’est dans ce cadre que le Président de la République, Boni Yayi, a eu une séance de travail mardi dernier avec les responsables de la sécurité et de la défense.
Par : Matini MARCOS
L’importation et la vente des produits pétroliers comportent deux facteurs importants : la commercialisation et la sécurisation. Dans le souci de dynamiser le secteur pétrolier au Bénin, le gouvernement est en train de prendre de nouvelles mesures pour juguler non seulement le trafic illicite des produits pétroliers dont l’essence frelatée qui se vend aux abords des rues et qui constitue un danger de mort pour les populations, mais également en créant un cadre de sécurité plus approprié et un environnement concurrentiel. Et c’est pour peaufiner tout cela que le chef de l’Etat a convié, le chef d’Etat -major général des Forces armées béninoises, le général de division Mathieu Boni, le conseiller spécial du Président de la République, le Général de division Félix Hessou, le Directeur de la Gendarmerie nationale, le Général de brigade, Cocou Lègba Sèmèggan, les responsables de la sécurité publique et ceux du commerce, pour une séance de travail.
La lutte contre l’essence « Kpayo » en perspective
Certes, rien n’a filtré de cette séance de travail, mais il ne fait l’ombre d’un doute que l’une des préoccupations des pétroliers reste la régulation du secteur pétrolier et au-delà, la concurrence déloyale que fait l’essence « kpayo ». Pour ce faire, l’évidence reste la disparition de la vente d’essence « kpayo » et c’est là le rôle primordial des structures en charge de la sécurité et de la défense. Seulement, compte tenu de l’impact social de la vente illicite de l’essence « kpayo » la confrontation frontale est à éviter
Mission délicate
Plus de 50 ans que le commerce de l’essence « kpayo » existe et beaucoup de ménages vivent de ce commerce illicite. Toutefois, il faut reconnaitre, qu’un manque de politique conséquente des gouvernements successifs, face à cette question hautement sensible n’a fait qu’enraciner le fléau. En effet, les stations- service ne sont pas installées sur toute l’étendue du territoire, et la distance qui sépare une station-service d’une autre, est trop grande. Conséquence, le motocycliste qui tombe en panne sèche, dans l’incapacité de trainer son engin sur deux ou trois kilomètres est obligé de s’approvisionner en essence « kpayo ». Le défi à relever est d’éviter de conduire la lutte contre l’essence « kpayo » de manière répressive, comme par le passé. Au lieu de mener une lutte frontale, fusil au poing, contre les vendeurs de l’essence kpayo, installés aux abords des routes, l’option serait de « fermer » les frontières contre l’entrée de l’essence « kpayo », Autrement dit, renforcer les services des douanes au niveau des frontières bénino-nigérianes afin d’asphyxier à la base. Parallèlement, le gouvernement devrait faciliter l’installation des stations-service qui seront moins distantes les unes des autres, tout en poursuivant le processus de la reconversion des vendeurs de l’essence « kpayo ». En effet, la plupart de ces vendeurs d’essence « Kpayo »rencontrés ont reconnu qu’ils exerçaient divers métiers (mécanicien, électricien, soudeur, tôlier, etc…) et qu’à cause des revenus fables qu’ils avaient, ils ont préféré se lancer dans la vente de l’essence »kpayo » qui à les croire, les font vivent mieux que par le passé
Nécessité d’enrayer la vente illicite
Au-delà des questions de subsistance brandies par les vendeurs de l’essence « kpayo », se trouve le grand danger qu’encourent les usagers de la route. Les accidents macabres survenus récemment à Fidjrossè, à Akpapka où des usagers de la route sont brulés vifs, d’autres réduits en cendres, sont là pour rappeler le devoir de rigueur de l’Etat vis-à-vis du trafic illicite de l’essence « kpayo ». Certainement que cette récente consultation entre le chef de l’Etat et les têtes de pont de la sécurité et de la défense portera enfin le bon fruit pour le bien de tous.