L'expérience est le nom que chacun donne à ses erreurs
La démocratie béninoise s’affaiblit. Les institutions constitutionnelles sont bloquées par endroits du fait de certains politiciens considérés comme des menteurs, des prostitués et des personnes sans éthique. Le régime en place tente de redorer le blason de cette démocratie mais la résistance de ses opposants fait craindre le pire.
« Voici donc venu le temps de croire et surtout de vivre toutes les vérités que nos bouches ont proclamées sans que les cœurs et les esprits y aient cru… C’est également à vous qu’incombe la mission combien redoutable mais noble de reconstitution de cette nation qui reste une et indivisible.
Il vous reviendra, dans ces conditions, de mettre beaucoup moins l’accent sur votre mission politique, que sur votre rôle social en tant que garant des intérêts du peuple béninois, ce peuple qui a déjà trop souffert et à qui il faudra redonner progressivement sa dignité pour lui permettre de reconquérir la place qui fût la sienne dans le concert des nations ». En formulant ces vœux lors de la cérémonie d’installation de la première législature de l’Assemblée nationale, l’ancien archevêque de Cotonou, feu Monseigneur Isidore de Souza, croyait fortement en l’édification d’un Etat de droit fondé sur la séparation des pouvoirs, la démocratie participative, la gestion saine de l’Etat et de son économie.
Ce rêve était si fort que mêmes les mauvaises langues de la République ne pouvaient prophétiser le cauchemar et se faire bien écouter. Mais 18 années de pratiques démocratiques ont suffi pour que le professeur Maurice Ahanhanzo-Glèlè, président de la Commission nationale de relecture de la Constitution du 11 décembre 1990, constate que « les textes et leurs esprits ne valent en réalité que ce que les hommes chargés de les appliquer décident d’en faire ».
De plus en plus, certains observateurs avertis de la scène politique nationale n’hésitent pas à traiter notre démocratie de « pseudo ». Cette observation, peut-être exagérée, est malencontreusement révélatrice des réalités de notre existence démocratique qui, bien que parée de ses beaux habits, est loin d‘être le moine tant désiré.
Changer l’ordre des choses
Avant le 06 avril 2006, la démocratie béninoise était dans une situation critique. L’économie complètement à terre, les populations désabusées et frappées par une pauvreté ambiante. Au lendemain de sa prise de service, le président Boni Yayi a rapidement engagé de profondes réformes dans tous les secteurs vitaux de la nation pour sauver la démocratie et redresser l’économie en vue de mettre le pays sur les rails de l’émergence.
La lutte contre l’impunité et la haute corruption, autrefois érigées en système de gouvernance, étaient son cheval de bataille. Plus rien ne se passe comme avant même s’il y a des poches de résistance par endroits. « Des gens résistent au changement », constate Jean Alexandre Hountondji, ancien ministre chargé des relations avec les institutions.
C’est dire qu’en dépit des efforts remarquables du gouvernement du Dr Boni Yayi, certains maux peinent à disparaître des habitudes et menacent dangereusement l’existence même de l’Etat. Mais la volonté politique affichée par le président de la République est un bon signe pour venir à bout de ces maux qui rongent notre démocratie.
A plusieurs reprises, il a montré sa détermination à lutter contre l’impunité, la corruption, la mauvaise gouvernance et à respecter la séparation des pouvoirs publics. Il ne reste qu’aux autres acteurs de développement de jouer le rôle qui est le leur dans le jeu démocratique.
Léonce HOUNGBADJI