L'expérience est le nom que chacun donne à ses erreurs
Le campus d’Abomey-Calavi a connu une ambiance surchauffée dans la journée d’hier. Le garde du corps du doyen de la Faseg a ouvert le feu sur des étudiants et en a blessé grièvement cinq. Une situation qui ne saurait laisser indifférent le ministre de l’enseignement supérieur qui, pour la première fois après sa nomination, est descendu sur le campus.
Par : Barnabé HOUNKANRIN
Cinq étudiants dont le responsable de l’Union des Scolaires et Etudiants du Bénin (Unseb) reçoivent depuis hier des soins intensifs dans les hôpitaux. C’est le bilan d’une altercation qui a opposé les étudiants au garde du corps du doyen de la Faculté des sciences économiques et de gestion (Faseg), le professeur Géro Amoussouga. Il s’agit de Tozo Isaac, étudiant en troisième année à la Faseg, André Assé, responsable de l’Unseb, M. Aguèmon, Marc Dossou tous deux étudiants en première année à la Faseg et Janvier Socomè, étudiant en 3ère année à la Faseg, responsable du Comité des Responsables d’Amphi à la Faseg. En effet, à la Faculté des sciences économiques et de gestion, de nouvelles réformes sont introduites dans le système des cours à compter de l’année universitaire 2008-2009. Ces réformes concernent deux filières dans lesquelles les étudiants obtiendront une licence professionnelle au lieu d’une licence tout court comme c’est le cas dans la formation universitaire. Et pour ce faire, les étudiants désireux d’obtenir une licence professionnelle à la Faseg devront payer en conséquence, une somme de 106.000 F Cfa et devront déposer un dossier dont les frais d’étude s’élèvent à 5000 francs. Cette réforme a été annoncée à la rentrée universitaire 2008-2009, année à partir de laquelle, le gouvernement a rendu gratuites, les inscriptions dans les universités publiques du Bénin. Pour les responsables étudiants, cette réforme ne saurait prendre corps dans une faculté qui serait en train d’être transformée en une école. Plusieurs meetings ont été organisés par les responsables étudiants pour protester contre une telle réforme. C’est dans le même cadre que hier matin, les responsables de l’Unseb et de la Fédération nationale des étudiants du Bénin (Fneb) ont organisé une séance au niveau des amphithéâtres de la Faseg, demandant aux étudiants de boycotter les inscriptions à la Faseg jusqu’au moment où la situation sera mise au clair. Pendant qu’ils y étaient, le doyen de la Faseg, le professeur Géro Amoussouga, était au drapeau avec les étudiants de sa faculté. Après le drapeau, il décida de passer dans les salles de cours pour sensibiliser les étudiants sur le bien-fondé des réformes. A l’en croire, ces réformes permettront désormais aux étudiants sortis de la Faseg de ne plus avoir besoin de courir après un diplôme professionnel dans les universités privées avant d’être utilisés sur le marché de l’emploi. Il passait d’une salle à une autre quand les étudiants grévistes se dirigèrent vers lui. A quelques pas du doyen avec des slogans hostiles à sa personne, les étudiants furent bloqués par son garde du corps. Ce dernier s’interposa entre le doyen et les étudiants munis de branchages et autres. Il fut repoussé mais opposa une résistance stricte aux étudiants. Dans la foule des étudiants, quelqu’un lui ôta son béret et le jeta à terre. Il dégaina son arme que certains saisirent dans sa main. Dans la dispute, le garde du corps appuya sur la gâchette. La foule recula. Des lamentations, des cris, des larmes. Cinq étudiants venaient d’être atteints par les balles tirées. Quelqu’un au flanc droit, un autre à l’articulation du bras gauche, Assé André reçut une balle dans la cuisse, un autre en reçoit dans le genou et le cinquième à la tempe. Quatre blessés furent évacués d’urgence sur le Centre national hospitalier Hubert Koutoukou Maga de Cotonou, le doyen Amoussouga ayant emmené l’étudiant Janvier Socomè à l’hôpital de zone de Calavi. Le campus fut mis en ébullition. Les réactions des autorités étaient plus qu’indispensables.
Le ministre Abiola descend d’urgence sur le campus
Un peu plus d’une heure après la bavure militaire sur le campus d’Abomey-Calavi, le ministre de l’enseignement supérieur est descendu sur le campus pour se rendre à l’évidence. Arrivé pour la toute première fois après sa nomination au poste de ministre, il a été accompagné par le secrétaire général du rectorat, en l’absence du recteur et des vice-recteurs, sur les lieux du drame. Après avoir écouté les témoins de l’événement, il a déploré les faits et a invité les uns et les autres au calme. « Il y a un véritable problème de gouvernance dans cette université. C’est pour cela que je prends le temps de tout mettre au clair avant de descendre sur le campus et voici qu’une situation déplorable m’y oblige », a déclaré le ministre François Abiola qui s’indigne de la gestion qui est faite des problèmes à l’université d’Abomey-Calavi. « On peut avoir raison dans le fond et avoir tort dans la forme », a martelé le ministre. Il est reparti des lieux en promettant aux étudiants que tout sera mis en œuvre pour pallier les problèmes du monde universitaire.
Photo : le ministre François Abiola sur le campus, reçoit les témoignages des étudiants sur le drame