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L'expérience est le nom que chacun donne à ses erreurs

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Nouveau braquage à Cotonou : Terreur au marché Dantokpa (Six morts, près de 400 millions emportés, témoignage d’un journaliste, les nouvelles mesures sécuritaires)

Le vendredi 21 novembre dernier, au crépuscule du soir, les braqueurs équipés d’armes de guerre sophistiquées ont attaqué une fois encore, après le braquage sanglant du 1er avril de cette année, les deux banques à savoir les succursales de Diamond- Bank et Eco-Bank installées au milieu du marché international de Dantokpa. Ces vils individus ont choisi comme stratégie la diversion et le camouflage au sein de la foule utilisée comme bouclier humain. On déplore officiellement 6 morts par balles perdues, 18 blessés graves et près de 400 millions de Fcfa emportés.

Comparé avec le braquage orchestré par les vils individus, le vendredi 21 novembre dernier au marché Dantokpa, celui orchestré le 1er avril de la même année semble moins dangereux. Cette fois ci, les bandits fortement armés ont utilisé la diversion en s’éclatant en plusieurs groupes. Ainsi, à en croire le Sergent-chef Mohamed Samandou en faction à Diamond-Bank, un groupe des bandits est arrivé par barques motorisées, fortement armés. A cet instant, le sergent-chef Mohamed Samandou et son collègue étaient les seuls agents de sécurité à riposter. De source policière, un autre groupe arrivé par voie de terre ont pris en otage les populations au niveau de la descente du pont de Dantokpa en tirant dans tous les sens semant la panique dans la foule. Profitant de l’obscurité ambiante et du faible éclairage dans le marché et ses environs, les bandits se sont dissimulés au milieu de la foule pour commettre leur forfait. On déplore officiellement 6 des morts, 18 blessés graves au CNHU, et près de 400 millions de Fcfa emportés au niveau des deux Banques. D’autres personnes ont été blessées, dans la débandade. Des bandits, autres que les braqueurs, qui sévissaient au marché de Dantokpa, ont profité de l’instant critique pour rapiner. En effet, une boutique remplie de bijoux et des objets de valeur a été dévalisée. Personne ne peut dire actuellement si ce sont les braqueurs, ou les petits malfrats qui pullulent dans le marché qui ont dévalisé la boutique. Malheureusement, les mêmes braqueurs, pour une deuxième fois ont semé la mort, et ont réussi à se volatiliser en se dissimulant dans la foule. Cette psychose créée par les bandits au marché Dantokpa est devenue insoutenable aussi bien pour les usagers du marché que pour les populations du Bénin. Jamais deux sans trois dit l’adage, il n’est donc pas exclu que les braqueurs viennent une troisième fois au marché de Dantokpa. Un plan spécial de sécurité pour le marché s’impose.

L’enjeu de notre sécurité

L’événement intervenu le vendredi dernier au cœur du marché international Dantokpa de Cotonou constitue un véritable défi lancé à nouveau à l’Etat et à la nation béninoise en général et à nos forces de sécurité, en particulier. Face à cette situation, le gouvernement a pris d’importantes décisions lors d’une réunion de crise, hier. Mais il reste à trouver des réponses de fond sur la problématique de notre système sécuritaire.

Au regard de ce qui s’est passé le 21 novembre 2008, en fin de journée, dans le centre commercial et névralgique de Cotonou, à savoir le marché international Dantokpa, on est en droit de se demander quelle sera la prochaine étape à franchir par les professionnels de la terreur et du gangstérisme international. Car le braquage de vendredi dernier qui s’est déroulé comme un nouvel épisode d’un feuilleton policier entamé le 1er avril dernier donne froid dans le dos. Pendant environ trois heures, des malfrats ont défié tout le système sécuritaire national et notre stratégie de riposte n’a pas permis d’obtenir la peau de ces ennemis publics, d’autant qu’ils ont usé de tactiques leur permettant de se servir des populations comme boucliers humains. Nos forces de l’ordre n’ont donc pu faire grand-chose, sachant que toute tentative de tirer sur les malfrats aurait entraîné une hécatombe parmi les civils.

Si cette sortie des braqueurs atteint un niveau supérieur dans sa conduite et ses conséquences en vies humaines et en perte matérielle et financière pour les banques, on se souvient que ces dernières années ont été marquées par d’autres faits du même acabit. C’est notamment l’affaire de la fourgonnette de transfert de fonds qui a été braquée dans les environs de la présidence il y a un peu plus d’un an. Il va donc sans dire que la stratégie de la riposte a montré son inefficacité et il urge donc de trouver d’autres moyens pour faire face à ce banditisme de grand chemin dont les actes sont assimilables désormais à de véritables actes de guerre.

Une question d’anticipation

Visiblement, l’anticipation doit être mise au centre de notre système de sécurité. Or qui dit anticipation dit renseignements. Certes, le gouvernement vient de décider de suspendre les activités des banques au sein du marché. Mais il restera que les grandes commerçantes seront en danger individuel lors de leurs transferts de fonds de l’intérieur vers l’extérieur du marché pour rallier des banques. Aussi la commission qui vient d’être mise en place par le gouvernement doit proposer des solutions pertinentes pour régler cette situation, en dehors du renforcement du contrôle de nos côtes et de nos bassins. C’est à ce prix seulement que la sécurité des citoyens sera une réalité dans ce pays et le Bénin démocratique ne sera plus considéré comme un territoire de western.

Témoignage du journaliste Sosthène SEFLIMI, témoin du drame

’’Ce vendredi 21 novembre 2008-là, j’étais en route pour Aïdjèdo où j’allais voir un parent. C’était aux environs de 20 heures 30 minutes. Un homme, debout au carrefour St Michel criait à tue-tête pour dissuader tous ceux qui roulaient en direction du marché Dantokpa, de ne pas s’y rendre « Il y a des coups de feu à Dantokpa, rebroussez chemin », répétait-t-il comme s’il en avait reçu mission. Du retour de chez le parent, un peu après 21 heures, je me résolus à ne plus emprunter le même chemin qu’à l’aller. Je roulais donc en faisant dos au marché Dantokpa pour sortir du quartier Aïdjèdo quand soudain, je vis sur une moto, deux hommes tenant au milieu d’eux, un enfant. Il devait avoir moins de 15 ans. Il était tout en sang. Les deux hommes se mirent à me supplier de les aider à le transporter dans un centre de santé. « Il vient de recevoir une balle perdue », m’expliquaient-t-ils. Tout naturellement, je me suis garé et ils sont montés sur la banquette arrière de ma vielle Peugeot 205. Je mis les feux de détresse, le klaxon à fond et me mis à rouler à vive allure en direction de l’hôpital St Luc. J’avais passé tous les feux qui malencontreusement étaient au rouge. La plupart des automobilistes s’écartaient sur notre chemin. A défaut, j’empruntais une partie des trottoirs, essuyant les insultes des piétons et des vendeurs. En 10 minutes environ, nous étions dans l’enceinte de l’hôpital St Luc. A nôtre arrivée, j’ai expliqué en quelques secondes la situation à quelques infirmières assises sous un hangar. Et pourtant, elles n’étaient guère ébranlées. J’ai dû leur crier dessus. Je ne puis expliquer leur attitude mais elles hésitaient toutes à se rapprocher du véhicule. Elles firent finalement appel au médecin de garde. Les « gros bras » de service se saisirent finalement d’une civière pour extirper de la voiture, la victime qui restait étendue sur les jambes de l’un de ses deux parents. Le médecin fit signe fit aux « brancardiers » d’attendre qu’il ausculte d’abord le jeune homme. 30 secondes lui ont suffi pour se rendre compte que le pauvre garçon était déjà décédé. Et commença pour moi le parcours du combattant.

Je suis allé m’informer au près du médecin de garde, de la disponibilité de l’ambulance de l’hôpital, pour transporter le corps vers la morgue. Il m’a été répondu que ce n’était pas possible. J’ai de- mandé que me soit communiqué le numéro de téléphone du SAMU, afin que je sollicite leur service. Ce fameux numéro n’était pas disponible et le médecin m’a informé que le SAMU n’accepterait pas d’ailleurs transporter le corps. En outre, il m’a été annoncé que le défunt est issu d’une famille musulmane et que le corps ne saurait être transporté à la morgue. J’ai alors compris que je m’étais retrouvé dans un cercle infernal. Ne tenant plus, j’ai dû faire appel à un ami, Charlemagne Agbowaï pour m’aider à m’en sortir. 20 minutes plus tard, il était là. Il me conseilla d’aller au commissariat le plus proche, celui de Fifadji. Au commissariat, il n’y avait que deux agents et le commissaire. L’un des agents nous demanda gentiment d’aller voir les leurs qui sont postés sur le pont de Fifadji. Nous étions sur le point de quitter le commissariat quand il se résolut d’informer le commissaire. Celui-ci nous demanda d’attendre quelques instants, le temps qu’il demande à ses agents en faction sur le pont de FIfadji, de rejoindre la base. 20 minutes plus tard, nous étions à bord de la Mercedes du commissaire, précédé du pick-up de la police. Arrivé à l’hôpital St Luc, le commissaire et ses agents ont procédé aux formalités d’usage et demandé qu’on enlève le corps du véhicule. Le médecin de service, une fois le commissaire parti au commissariat central pour rapport, opposa une fin de non recevoir à cette décision, au motif que la victime n’est pas décédé dans l’enceinte de l’hôpital. Il a fallu des conciliabules entre les parents du défunt et les responsables de l’hôpital pour que ma voiture soit libérée. Il était déjà 00h 15 minutes. Le Commissaire, alors que je quittais la rue de l’hôpital, était revenu avec comme ordre, de mettre le corps dans le véhicule de la police. Suivi des parents du défunt, le cortège s’est ébranlé en direction du commissariat central. Le reste, je n’en sais plus rien.’’

Intervention des Forces de défense et de sécurité

Le nouveau braquage des succursales de Diamond Bank et d’Eco-Bank installées au marché de Dantokpa a mobilisé d’importantes unités de sécurité et de défense qui furent gênées dans leurs manœuvres par la débandade de la foule et des bouchons créés de part et d’autres du pont de Dantokpa. Le commissariat spécial de Dantokpa, très peu équipé en effectif et en moyens balistiques a été très tôt débordé par une foule en débandade et des braqueurs puissamment armés et scindés en plusieurs groupes. L’appui des militaires sous la supervision du chef d’Etat- major général des Forces armées béninoises, le Général de division Mathieu Boni en personne , est venu dissuader les malfrats qui ont pris pour cibles Diamond Bank et Eco-Bank. Une unité du Groupement d’intervention de la gendarmerie nationale (GIGN) dirigé par le Directeur général de la gendarmerie nationale, le général Cocou Lègba Sèmègan, était en position à Apkapka aux alentours de l’hôtel du Lac. Quant aux unités spécialisées de la police nationale, elles ont été également mobilisées. Seulement, leurs manœuvres ont été entravées par les bouchons. Pire, il est difficile pour les Forces de sécurité et de défense non seulement d’identifier les malfrats qui faisaient corps avec la foule mais aussi de tirer au risque de provoquer l’hécatombe. Mais l’objectif premier a été de sécuriser les abords immédiats les deux banques ciblées par les malfrats. Seulement avant l’arrivée des renforts, les malfrats profitant de la diversion créée, ont dynamité les coffres-forts des deux banques en emportant près de 400 millions de fcfa

Mesures sécuritaires : Diamond Bank et Eco-Bank de Dantokpa ferment leurs portes

A l’issue du braquage sanglant de Dantokpa, le Président de la République, Boni Yayi, a convoqué une réunion de crise au palais afin de situer les responsabilités et prendre des mesures qui s’imposent pour éviter dorénavant ces genres de tragédie. D’importantes décisions ont été prises dont la fermeture momentanée des deux banques braquées en l’occurrence, les succursales de Diamond Bank et Eco-Bank installées au marché Dantokpa. Le braquage sanglant des succursales des banques Diamond Bank et Eco-Bank installées au marché de Dantokpa par de vils individus puissamment armés, n’a pas laissé indifférent le Président de la République, Boni Yayi. Hier dimanche, il a convoqué les responsables des banques, le Ministre d’Etat, chargé de la Défense nationale, Issifou Kogui N’Douro, le Ministre de l’intérieur, Armand Zinzindohoué, la hiérarchie militaire et celle de la police nationale. A l’issue de cette réunion de crise d’importantes décisions ont été prises. Il s’agit de la fermeture jusqu’à nouvel ordre des deux banques braquées, de la mise sur pied d’un comité chargé dans un délai de 14 jours de faire des propositions concrètes au gouvernement par rapport à un dispositif spécial de sécurité au niveau du marché de Dantokpa et particulièrement en ce qui concerne les banques installées au niveau de ce marché. Sur ce dernier point, les responsables des banques ont donné leur accord afin de contribuer financièrement au nouveau plan de sécurité qui sera mis en place. De plus, le Ministre de l’intérieur et de la sécurité publique, Armand Zinzindohoué, a déclaré que les patrouilles seront renforcées au niveau du marché, de jour comme de nuit et a profité de l’occasion pour réitérer une fois encore, la collaboration entre les populations et les forces de sécurité. Les bandits ayant utilisé une fois encore la voie maritime pour attaquer, le Ministre d’Etat Issifou Kogui N’Douro a rassuré les populations que la sécurité sera renforcée sur nos cotes et les bassins, allusion faite aux Forces navales. Au sortir de cette réunion, le Président de la République, Boni Yayi, s’est rendu au CNHU pour rendre visite aux victimes et leurs familles en leur apportant son soutien moral. Il s’est rendu ensuite au marché Dantokpa pour constater les dégâts causés par ces vils individus.

Dossier réalisé par Matini MARCOS

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