L'expérience est le nom que chacun donne à ses erreurs
Une forte pression sur fond de chantages est faite actuellement par les députés membres du G13 sur le chef de l’Etat pour le contraindre à lâcher du lest au sujet de l’escorte. De sources concordantes, ils conditionnent la décrispation politique au parlement et leur entrée au gouvernement, à la cession du secteur enrichissant des véhicules d’occasion. Chose difficile, du moins pour l’heure, vu que les recettes générées par cette activité contribuent énormément à la réalisation des travaux sur les grands chantiers socio-infrastructurels ouverts.
Par : Serge-David ZOUEME
Au lendemain de la sortie médiatique du Garde des sceaux, ministre de la justice, de la législation et des droits de l’homme, porte-parole du gouvernement, Victor Topanou, le G13 a tenté de confondre l’opinion sur ses réelles motivations au sujet de l’escorte des véhicules d’occasion. A en croire les honorables députés Léon Comlan Ahossi et Edmond Agoua qui intervenaient individuellement sur la chaîne de télévision Canal 3, le G13 n’a jamais conditionné son entrée au gouvernement à la gestion de la filière d’escorte. Ils semblaient dire que le ministre porte-parole a fait économie de vérité. Depuis lors, les épris de la franchise et autres patriotes voudraient bien savoir qui dit la vérité. Mais cette vérité a fini par éclater au grand jour avec la rencontre, lundi dernier, du chef de l’Etat avec les acteurs de la société civile. Le président Thomas Boni Yayi a ouvertement confessé à ses interlocuteurs que la question d’escorte est à l’origine de la guéguerre latente entre le pouvoir exécutif et les « G », en l’occurrence le G13. Il voudrait bien la décrispation politique au parlement et accompagner effectivement le gouvernement dans sa politique du Bénin émergent si et seulement si, on lui confie la filière de l’escorte. Tout le monde sait désormais les vraies raisons de la tension entre le chef de l’Etat et le G13.
Un secteur reformé et orienté vers le développement
On se rappelle de la gestion hasardeuse de ce secteur au temps du Général Mathieu Kérékou. Une filière d’escorte de véhicules d’occasion qui n’avait profité qu’à une clique de jeunes opérateurs économiques sans foi, ni loi. Ils en ont fait leur chasse gardée au grand dam des populations indigentes et appauvries. Il est né à la grande stupéfaction de tous une classe de jeunes riches qualifiés d’hommes d’affaires, roulant dans des véhicules rutilants. Ils brûlaient la politesse à tout venu. Pire, tout le monde et même le pouvoir public est maintenu dans l’ignorance des recettes importantes générées par l’escorte. La gestion des intérêts colossaux a fini par susciter de vives polémiques entre les acteurs de l’escorte. Les guerres de clochers ont été infernales. « Défi Emploi Jeunes » qui avait le monopole de cette activité a été contraint de fermer ses portes. L’anarchie a gagné le secteur qui tendait vers son déclin. A l’avènement du régime du changement, des réformes ont été entreprises pour rentabiliser le secteur de l’escorte. Il est revenu dans le giron de l’Etat et confié à la douane. Ce fut la renaissance d’une filière qui n’a servi jusque-là qu’à une minorité.
Boni Yayi ne pourrait céder l’escorte au G13
Au lendemain des réformes avec l’implication des douaniers, des milliards de Francs Cfa sont mobilisés dans le secteur. Pour faire bénéficier les Béninois des recettes issues de l’escorte, le gouvernement du président Thomas Boni Yayi a décidé de les investir dans les grands chantiers socio-économiques et infrastructurels. C’est ainsi qu’une partie des fonds serait utilisée pour aider les femmes à travers les micro-crédits (30.000 à 50.000f Cfa), le paiement de diverses primes aux enseignants et fonctionnaires. Le Fonds national du micro-crédit est aussi institué pour appuyer les jeunes sans emplois, porteurs de projets bancables. Une autre partie serait réservée actuellement pour la seconde promotion du service militaire. En termes d’infrastructures publiques, des travaux importants ont été amorcés grâce aux ressources financières générées par l’escorte et qui logeraient dans un compte à la Banque centrale des Etats de l’Afrique de l’ouest (Bceao). La construction de divers marchés tel que celui de Natitingou est programmée et sera réalisée grâce à ce fonds d’escorte. La construction des salles de classe est en cours et sera accélérée avec le même fonds sans perdre de vue d’autres dépenses nationales. C’est dire que pour l’heure, une gestion rationnelle des fonds de l’escorte des véhicules d’occasion est faite même si, a posteriori, le pouvoir de Boni Yayi a le devoir d’apporter aux Béninois les preuves des nombreuses réalisations sus-citées. Toutefois, si l’on peut déjà être fier du fait que les fonds de l’escorte ne profitent plus à une minorité comme ce fut le cas par le passé, qu’on informe sporadiquement les Béninois du montant généré par la filière et qui serait domicilié dans une Banque (Bceao) vérifiable par les Béninois. En attendant donc les preuves, tout le monde sait désormais où et à quoi sont utilisés les fonds de l’escorte. Et si on se plie à la volonté du G13 pour copiner avec le chef de l’Etat et enterrer la hache de guerre, l’escorte sera à nouveau confiée à des individus, privant ainsi les Béninois de toutes ces réalisations. Chose difficile, à preuve de contraire. Le G13 doit revoir sa doléance en primant l’intérêt collectif sur ses ambitions égoïstes. Le Bénin émergent en a vraiment besoin.